Pour beaucoup de fans de thrash metal, No Life 'Til Leather n’est pas une simple démo : c’est un morceau d’histoire. Enregistrée en 1982 par les premiers membres de Metallica, cette cassette mythique a circulé pendant des années dans l’underground californien, contribuant à poser les bases d’un mouvement qui allait bouleverser le heavy metal.
En 2015, à l’occasion du Disquaire Day, le groupe avait surpris tout le monde en rééditant officiellement dix mille exemplaires de cette démo devenue culte. Un événement pour les collectionneurs et les fans, mais qui n’a pourtant pas marqué le début d’une réédition plus large. Dix ans plus tard, l’espoir de voir No Life 'Til Leather sortir officiellement en CD ou en vinyle reste toujours incertain.
Une démo fondatrice du thrash metal
À l’époque de l’enregistrement, Metallica n’est encore qu’un groupe de jeunes musiciens affamés, composé de James Hetfield, Lars Ulrich, Ron McGovney et Dave Mustaine. À peine sortis de l’adolescence, ils enregistrent sept morceaux qui vont rapidement circuler de main en main dans la scène metal américaine.
Six de ces titres finiront sur le premier album du groupe, Kill 'Em All, publié en 1983. Parmi eux figurent déjà des classiques comme Hit the Lights, Seek & Destroy ou Metal Militia.
Un autre morceau, The Mechanix, écrit par Dave Mustaine, connaîtra lui aussi une seconde vie. Après le départ du guitariste, James Hetfield et Lars Ulrich retravaillent le titre avec de nouvelles paroles et l’intègrent à l’album sous le nom de The Four Horsemen.
Avec le recul, cette cassette capture un moment unique de l’histoire du metal. Comme l’expliquent souvent les membres du groupe, No Life 'Til Leather représente « l’innocence et l’insouciance de quatre jeunes qui faisaient simplement ce qu’ils aimaient le plus au monde ».
Le blocage Dave Mustaine
Si les fans attendent depuis des années une réédition complète via le label Blackened Recordings, un obstacle majeur demeure : Dave Mustaine.
Le guitariste, renvoyé du groupe en 1983 avant la sortie de Kill 'Em All, n’a jamais abandonné ses droits sur certaines compositions. Dans plusieurs interviews, il a rappelé qu’il avait joué un rôle essentiel dans l’écriture des morceaux présents sur la démo.
« J'ai composé toute la musique de Phantom Lord, Metal Militia, et les musiques et les paroles de Jump in the Fire et The Mechanix », a-t-il expliqué.
Pour lui, le calcul est simple :
« Faites le calcul : cinquante pour cent pour moi et cinquante pour cent pour James. Ça ne s'est pas passé comme ça quand je suis parti. C'est devenu une affaire entre le groupe et moi, parce que ce n'est pas juste. Vous avez déjà assez d'argent, pourquoi en voulez-vous autant ? »
Autrement dit, toute réédition officielle nécessiterait un accord financier et juridique entre Metallica et leur ancien guitariste.
Une vieille rancœur toujours présente
Aujourd’hui, Dave Mustaine se concentre sur la fin de l’aventure Megadeth. Le groupe s’apprête à conclure sa carrière avec une tournée d’adieu et un dernier album sorti le 23 janvier, sur lequel le musicien a notamment enregistré sa propre version de Ride the Lightning.
Mais la question de No Life 'Til Leather reste entière.
Selon Mustaine, des discussions ont bien eu lieu :
« James m'a dit qu'on voulait… On essaie de trouver une solution. »
Pour autant, les tensions du passé semblent encore peser. Fidèle à son franc-parler, le guitariste a résumé la situation avec une formule limpide :
« On ne se souvient plus comment on en est arrivés là. Enfin, moi je m’en souviens très bien et je n’y peux rien. Il y a trois façons de voir les choses : la tienne, la mienne et la vérité, qui est une combinaison des deux. Il s’est vexé, il a raccroché et on ne s’est plus parlé depuis. »
Une relique qui pourrait rester underground
Malgré son statut mythique, No Life 'Til Leather pourrait donc rester une relique réservée aux collectionneurs et aux bootlegs.
Ironiquement, cette absence de réédition officielle participe peut-être aussi à sa légende : celle d’un document brut, enregistré par quatre gamins déterminés à conquérir le monde — sans imaginer qu’ils deviendraient quelques années plus tard l’un des groupes les plus influents de l’histoire du metal.
































