Roger Waters, le jour où il a fait enregistrer une chanson par Flea : « Elle ne collait pas bien avec la dynamique générale de l'album, et nous l'avons écartée. »

Roger Waters, le jour où il a fait enregistrer une chanson par Flea : « Elle ne collait pas bien avec la dynamique générale de l'album, et nous l'avons écartée. »

Le génie créatif de Pink Floyd : « Nous avons enregistré 'It's a Miracle' trois fois, et la deuxième fois, nous avons essayé un tempo plus rapide et appelé Flea. »

On aurait pu tenir là l’une des collaborations les plus improbables de l’histoire du rock. Au début des années 90, Roger Waters, l’ancien cerveau de Pink Floyd, fait appel à Flea, le bassiste survolté des Red Hot Chili Peppers, pour enregistrer une version alternative d’un morceau destiné à son album solo Amused to Death. Une rencontre inattendue entre deux univers opposés… mais que personne n’a finalement jamais entendue.

Amused to Death, un album ambitieux et visionnaire

Sorti le 7 septembre 1992, Amused to Death reste aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs albums solo de Roger Waters. Produit avec Patrick Leonard, le disque a notamment été enregistré dans les mythiques studios Abbey Road Studios. L’album est aussi célèbre pour son utilisation innovante du procédé QSound, une technologie de mixage en trois dimensions qui plonge l’auditeur dans une expérience sonore immersive, entre bruits d’avions, voitures, explosions et paysages sonores inspirés de la campagne anglaise.

Comme souvent avec Roger Waters, le concept de l’album est profondément politique. Amused to Death imagine une sorte de singe hypnotisé devant sa télévision, changeant sans cesse de chaîne et assistant à un flot continu d’images de guerre, d’injustice et de répression. Le musicien y évoque notamment la Guerre du Golfe, les manifestations de la place Tian’anmen ou encore les traumatismes hérités de la Première Guerre mondiale.

Le titre du disque est directement inspiré du livre Amusing Ourselves to Death du critique culturel Neil Postman, qui dénonçait déjà l’impact des médias sur la société moderne.

Un casting impressionnant autour de Roger Waters

Pour donner vie à cette œuvre ambitieuse, Roger Waters s’entoure d’un impressionnant casting de musiciens. On retrouve notamment Jeff Beck, plusieurs membres de Toto comme Steve Lukather, David Paich et Jeff Porcaro, mais aussi le bassiste de jazz John Patitucci, Michael Kamen aux arrangements orchestraux et Don Henley des Eagles aux chœurs sur le morceau Watching TV.

Pourquoi Flea a été appelé sur It’s a Miracle

À cette époque, Flea est en pleine explosion médiatique grâce au succès colossal de l’album Blood Sugar Sex Magik des Red Hot Chili Peppers. Son jeu de basse funky et agressif fascine alors toute la scène rock américaine. Roger Waters décide donc de le contacter pour retravailler It’s a Miracle, un morceau particulièrement acerbe dans lequel il attaque notamment le compositeur Andrew Lloyd Webber, qu’il accusait d’avoir repris certains éléments de Echoes de Pink Floyd pour la comédie musicale Le Fantôme de l’Opéra.

Une version finalement abandonnée

Le résultat aurait pu devenir culte. Mais finalement, cette version enregistrée avec Flea ne verra jamais le jour.

« Nous avons enregistré le morceau trois fois. La deuxième fois, nous avons essayé un rythme plus rapide et nous avons appelé Flea », a expliqué Roger Waters. « Il a joué magnifiquement, il a été incroyable. J’ai adoré cette version, mais quand nous avons assemblé la tracklist, cette version rapide de It’s a Miracle ne collait pas bien avec la dynamique générale de l’album, et nous l’avons écartée. »

Le musicien précise même que la toute dernière chose qu’il a faite avec Patrick Leonard sur Amused to Death a été de réenregistrer entièrement le morceau afin qu’il retrouve une ambiance plus cohérente avec le reste du disque.

Une collaboration fantôme devenue mythique

Plus de trente ans après, cet enregistrement perdu reste l’une des collaborations fantômes les plus fascinantes de l’histoire du rock. L’idée d’entendre Roger Waters et Flea jouer ensemble continue d’alimenter les fantasmes des fans de Pink Floyd comme de ceux des Red Hot Chili Peppers.