L’histoire de Appetite for Destruction, le premier album de Guns N’ Roses, est un condensé brut des excès, de la transgression et de l’exagération qui définissent la fin des années 1980. Sorti en 1987, l’album s’est écoulé à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde et a propulsé vers la gloire un groupe devenu mythique : Axl Rose, Slash, Steven Adler, Izzy Stradlin et Duff McKagan. Mais derrière ce succès colossal se cache une série d’anecdotes révélatrices d’une époque où le rock ‘n’ roll ne connaissait aucune limite.
À la fin des années 80, le rock américain vit sous le signe de l’excès. L’imagerie héritée des années 1970 est poussée à son paroxysme, presque caricaturale, et Los Angeles devient l’épicentre d’une scène où plus aucune règle ne s’applique, ni visuellement ni musicalement. Sur le Sunset Strip, des groupes comme Mötley Crüe, Quiet Riot, Poison, Skid Row, Cinderella ou Warrant incarnent une génération décomplexée, provocante et bruyante.
Dans ce décor clinquant, Guns N’ Roses fait figure d’outsider. Le groupe vit en communauté dans un entrepôt délabré qu’il surnomme Hellhouse, enchaîne les concerts dans les clubs hard rock hollywoodiens et écrit des chansons directement inspirées de sa vie en marge de la société. Avec le producteur Mike Clink, les cinq musiciens enregistrent un disque sans compromis, animés par une seule obsession : remettre le rock ‘n’ roll au centre du jeu.
Le pari est risqué. À sa sortie, Appetite for Destruction ne séduit pas immédiatement. Il faudra attendre le 6 août 1988, près d’un an après sa publication, pour que l’album atteigne enfin la première place des charts américains. « On pensait avoir fait un disque qui pourrait rivaliser avec un album de Motörhead », confiera plus tard Slash, « mais personne n’en voulait ; c’était totalement invendable ».
Le monde finit pourtant par céder. La Gibson Les Paul de Slash, le volume sonore du groupe et surtout la voix et la personnalité exubérante d’Axl Rose deviennent impossibles à ignorer. Fugitif à 17 ans, parti de Lafayette (Indiana) pour Los Angeles afin d’échapper à la détention juvénile, Axl transforme une adolescence marquée par la délinquance en énergie créative brute. En 1987, le jeune marginal a disparu : à sa place trône une rock star, forgée sur les scènes du Troubadour et des clubs hollywoodiens, de Hollywood Rose à L.A. Guns, avant l’explosion définitive avec Guns N’ Roses.
Mais une chose ne changera jamais : son audace provocatrice. L’une des anecdotes les plus célèbres des années 80 concerne le dernier morceau de l’album, « Rocket Queen ». Dans ce titre, les gémissements d’une femme se mêlent au solo final grandiose de Slash, créant une atmosphère aussi troublante que mythique. Selon la légende – largement relayée au fil des décennies –, Axl Rose aurait utilisé un enregistrement réel de relation sexuelle avec Adriana Smith, alors petite amie du batteur Steven Adler.
L’enregistrement aurait été réalisé directement en studio, à l’aide d’un micro spécial, avant d’être inséré dans le mix final de « Rocket Queen ». Une décision qui aurait provoqué la colère de Steven Adler, tout en alimentant le mythe autour du groupe. Loin d’être un simple coup de provocation, ce geste s’inscrivait dans une volonté claire : rappeler que le rock ‘n’ roll, même dans les années 80, restait une affaire de sexe, de drogue et d’une bonne dose de danger.
Avec Appetite for Destruction, Guns N’ Roses ne cherchait pas seulement le succès. Le groupe voulait laisser une trace, choquer, déranger, et surtout prouver que le rock n’était pas encore domestiqué. « Rocket Queen », et son enregistrement sulfureux, en reste l’un des témoignages les plus crus — et les plus emblématiques.

































