Pink Floyd : Tous les secrets du film « The Wall » révélés par le réalisateur Alan Parker

Pink Floyd : Tous les secrets du film « The Wall » révélés par le réalisateur Alan Parker

Le 14 juillet 1982, le film inspiré du légendaire album concept du groupe est sorti à Londres.

Le 14 juillet 1982, Pink Floyd : The Wall était présenté en avant-première au prestigieux Leicester Square Empire Theatre de Londres. Adaptation cinématographique du mythique album concept sorti en 1979, le film est rapidement devenu une œuvre culte, aussi fascinante que déroutante. Mais derrière cette réussite artistique se cache un tournage chaotique, marqué par des tensions permanentes entre le réalisateur Alan Parker, Roger Waters et le dessinateur Gerald Scarfe.

Des années plus tard, Alan Parker a accepté de revenir sur cette aventure hors normes, dévoilant les coulisses d'un film qu'il juge aussi brillant qu'épuisant.

« Je n'aurais jamais dû faire ce film »

Lors de la sortie de Pink Floyd : The Wall, Alan Parker ne cachait pas ses regrets. « Honnêtement, je n'aurais jamais dû faire ce film », déclarait-il dans le communiqué accompagnant sa sortie.

Avec le recul, son jugement s'est toutefois nuancé. Dans un entretien accordé à Classic Rock, le réalisateur expliquait être aujourd'hui très fier du résultat final, même si le tournage reste l'une des expériences les plus éprouvantes de sa carrière.

« Le tournage a été une expérience tellement pénible que je ne peux y prendre aucun plaisir. »

Malgré tout, Parker reconnaît que The Wall continue de fasciner les spectateurs plus de quarante ans après sa sortie. Chaque projection attire encore un public nombreux, preuve que cette œuvre singulière conserve toute sa puissance visuelle.

Trois fortes personnalités impossibles à faire cohabiter

Le véritable défi n'était pas seulement technique. Il était surtout humain.

Avant l'arrivée d'Alan Parker, Roger Waters et Gerald Scarfe avaient déjà imaginé une grande partie de l'univers visuel du film. Tous deux avaient une vision très précise du projet, tout comme Parker lui-même.

Le réalisateur résumera plus tard cette situation avec une pointe d'humour :

« Trois mégalomanes dans une pièce ; c'est incroyable que nous ayons réussi à faire quoi que ce soit. »

Même Roger Waters reconnaîtra dans le documentaire consacré au film que les désaccords artistiques étaient constants, chacun étant habitué à imposer sa propre vision sans véritable compromis.

Parker ira même jusqu'à expliquer qu'il était quasiment impossible de terminer une conversation avec Waters sans qu'elle ne tourne à la polémique.

Quand Roger Waters convainc Alan Parker de rejoindre l'aventure

Grand admirateur de Pink Floyd depuis A Saucerful of Secrets, Alan Parker n'avait pourtant aucune intention de réaliser The Wall.

À cette époque, il préparait déjà son film Shoot the Moon lorsqu'une rencontre avec Bob Mercer, dirigeant d'EMI, le mit en relation avec Roger Waters.

Le réalisateur garde un souvenir marquant de cette première rencontre.

Assis dans la cuisine du musicien, Waters lui fit écouter les premières maquettes du projet.

« Elles étaient brutes et rageuses : le cri primal de Roger. »

Même séduit par l'univers de The Wall, Parker préférait initialement devenir simple producteur afin d'éviter les contraintes d'une réalisation aussi ambitieuse.

Le spectacle de The Wall convainc définitivement Parker

Avant de prendre sa décision, Parker assista à une représentation de The Wall en Allemagne.

Le concert le laissa sans voix.

L'immense mur construit sur scène, les animations de Gerald Scarfe, les célèbres fleurs qui s'entrelacent ou encore la puissance sonore du spectacle lui donnèrent le sentiment d'assister à une gigantesque pièce de théâtre.

Selon lui, jamais un concert rock n'avait atteint un tel niveau d'ambition visuelle.

Il remarqua également l'autorité absolue de Roger Waters sur l'ensemble du projet. Même en coulisses, tout semblait organisé autour du leader du groupe, dont la loge était volontairement isolée de celles de David Gilmour, Richard Wright et Nick Mason.

Pourquoi Roger Waters n'a finalement pas joué Pink

À l'origine, le film devait intégrer de nombreuses images tournées lors des concerts de The Wall à Earl's Court.

Mais les captations se révélèrent catastrophiques.

Face à cet échec, Alan Parker accepta finalement de prendre entièrement les commandes du projet et décida de repartir de zéro.

L'idée d'utiliser Roger Waters dans le rôle principal fut rapidement abandonnée.

Parker estimait que le musicien ne possédait pas les qualités d'acteur nécessaires et n'hésitait pas à dire, avec son franc-parler habituel, qu'il ressemblait davantage à « Albert Speer qu'à Albert Finney ».

Étonnamment, Waters accepta cette décision sans difficulté.

Le choix inattendu de Bob Geldof

Restait alors à trouver celui qui incarnerait Pink.

Le choix d'Alan Parker se porta sur Bob Geldof, chanteur des Boomtown Rats, après avoir été impressionné par sa prestation dans le clip de I Don't Like Mondays.

Ironie de l'histoire, Geldof n'était même pas un grand amateur de Pink Floyd.

Parker fut pourtant convaincu dès son audition.

Le réalisateur craignait simplement que le chanteur ne puisse interpréter les morceaux du film. Une solution avait même été envisagée : faire parler Geldof avec la voix de Roger Waters.

Finalement, Waters donna son accord et Geldof réenregistra bien les chansons.

Un tournage gigantesque et éprouvant

Le tournage débuta le 7 septembre 1981.

Les chiffres donnent encore aujourd'hui le vertige :

  • 61 jours de tournage ;
  • 977 plans ;
  • 4 885 prises ;
  • 350 000 mètres de pellicule ;
  • plus de 10 000 dessins réalisés par Gerald Scarfe pour produire quinze minutes d'animation.

Le montage dura ensuite près de huit mois afin de condenser cette matière monumentale en un film de seulement 99 minutes.

Une projection mémorable au Festival de Cannes

Présenté hors compétition au Festival de Cannes 1982, Pink Floyd : The Wall bénéficia d'une projection exceptionnelle.

Deux camions transportant le système de sonorisation utilisé lors des concerts du groupe furent acheminés spécialement au Palais des Festivals afin d'offrir une expérience sonore inédite.

Alan Parker se souvient encore de cette projection comme d'un moment extraordinaire.

Parmi les spectateurs figurait notamment Steven Spielberg, qui vint le féliciter à la fin de la séance. Juste après, il se tourna vers le patron de Warner Bros., Terry Semel, pour lui demander avec humour :

« C'était quoi, ce bordel ? »

Une réaction qui résumait parfaitement la complexité du film.

Même Roger Waters avoue ne pas tout comprendre

Avec le temps, Alan Parker a fini par considérer Pink Floyd : The Wall comme une œuvre profondément atypique.

Selon lui, le film ressemble à un assemblage d'idées parfois impossibles à décrypter.

Le plus surprenant est que Roger Waters lui-même a reconnu dans le documentaire consacré au film être resté... perplexe face au résultat.

Le musicien estime aujourd'hui que le long-métrage est « profondément imparfait », notamment parce qu'il manque d'humour et demeure une expérience extrêmement sombre.

Une œuvre qui continue de fasciner plus de quarante ans après

Malgré les conflits, les incompréhensions et les difficultés du tournage, Pink Floyd : The Wall reste l'une des adaptations musicales les plus ambitieuses jamais réalisées.

Alan Parker estime que, malgré l'évolution des effets spéciaux, l'œuvre conserve encore aujourd'hui une puissance visuelle remarquable.

Plus de quarante ans après sa sortie, The Wall continue d'alimenter les débats, de fasciner les cinéphiles comme les amateurs de Pink Floyd et demeure l'un des films les plus singuliers de l'histoire du rock.