Pink Floyd : Pourquoi la mère de Syd Barrett a blâmé Roger Waters pour son déclin

Pink Floyd : Pourquoi la mère de Syd Barrett a blâmé Roger Waters pour son déclin

Le bassiste ajoute : « Elle ne pouvait pas accepter le fait que sa maladie n'avait rien à voir avec Pink Floyd ou le rock 'n' roll. »

Le 6 avril 1968, une annonce bouleversait l'histoire du rock psychédélique : Pink Floyd confirmait officiellement le départ de Syd Barrett, son fondateur et principal architecte musical. Derrière cette séparation se cachait une tragédie humaine qui allait marquer à jamais le groupe : la descente aux enfers d’un artiste visionnaire, dont la santé mentale s’était profondément dégradée sous l’effet des drogues, notamment du LSD.

Ami d’enfance de Roger Waters et membre fondateur de Pink Floyd en 1965, Syd Barrett était devenu progressivement incapable de participer aux activités du groupe. Ses comportements imprévisibles, son détachement de la réalité et son incapacité à contribuer aux sessions d’enregistrement rendaient sa présence de plus en plus difficile à gérer. Pour assurer l’avenir du groupe, les autres membres décidèrent alors de faire appel à David Gilmour, qui allait prendre sa place à la guitare et au chant.

Mais derrière ce départ se jouait également un tournant majeur dans l’histoire de Pink Floyd. À cette époque, Syd Barrett était encore le principal compositeur du groupe. Il avait écrit une grande partie du premier album, The Piper at the Gates of Dawn sorti en 1967, véritable manifeste du rock psychédélique britannique, ainsi que plusieurs morceaux de A Saucerful of Secrets en 1968, dont le titre poignant « Jugband Blues », sa dernière contribution officielle au groupe.

Le début d’une carrière solo difficile

Après son départ, la société de management Blackhill Enterprise, qui avait accompagné les débuts de Pink Floyd, décida de rompre son contrat avec le groupe pour représenter Syd Barrett en solo. De son côté, EMI, via son label Harvest Records, spécialisé dans le rock progressif, encouragea également le musicien à poursuivre une carrière indépendante.

Pourtant, le retour de Syd Barrett à la musique fut extrêmement compliqué. Après s’être isolé pendant près d’un an, il publia deux albums en 1970 : The Madcap Laughs et Barrett. Ses anciens camarades tentèrent de l’aider dans cette période difficile. David Gilmour produisit le premier disque avec Roger Waters, tandis que le second fut réalisé avec Richard Wright.

« Il ne s’agissait pas de trouver le son parfait ni les meilleurs arrangements », expliquait Richard Wright. « Nous essayions simplement d'aider Syd du mieux que nous pouvions, et nous avons tout fait pour qu'il puisse au moins chanter. »

Malgré ces efforts, la carrière solo de Syd Barrett resta fragile. En 1972, il forma un trio baptisé Stars, avec deux anciens membres du groupe Pink Fairies, et donna seulement trois concerts à Cambridge. En 1973, il participa également à une soirée mêlant improvisation jazz et lectures, organisée par Pete Brown, ancien parolier de Cream, avec la participation du bassiste Jack Bruce.

En 1974, il effectua même une dernière session d’enregistrement aux studios Abbey Road, où il travailla sur des morceaux instrumentaux de blues, dont un seul possédait un titre : « If You Go, Don't Be Slow ». Ce fut l’une de ses dernières apparitions dans un studio.

Le retrait définitif de Syd Barrett

À partir de 1978, Syd Barrett quitta définitivement Londres et retourna vivre à Cambridge, auprès de sa mère et près de sa sœur Rosemary. Il abandonna progressivement son identité publique d’artiste, reprenant même son prénom de naissance, Roger Barrett.

Il se consacra alors à des activités loin de la musique, notamment le jardinage et la peinture, tout en effectuant plusieurs séjours à l’hôpital psychiatrique de Fulbourn. L’homme qui avait contribué à créer l’univers unique de Pink Floyd disparut alors totalement de la scène musicale.

Malgré les demandes répétées de sa famille, de nombreux fans continuèrent pourtant à chercher à le rencontrer à Cambridge. Mais les membres de Pink Floyd ne le revirent qu’une seule fois après son départ : le 5 juin 1975, lorsqu’il apparut soudainement aux studios Abbey Road, alors que le groupe enregistrait justement « Shine On You Crazy Diamond », un hommage bouleversant écrit pour lui.

Méconnaissable, le crâne rasé et profondément changé, Syd Barrett surprit ses anciens compagnons. Roger Waters raconta également une rencontre fortuite avec lui dans un magasin Harrods : après l’avoir aperçu, Syd serait parti précipitamment, laissant derrière lui un sac rempli de bonbons.

Jusqu’à sa mort, le 7 juillet 2006, à l’âge de 60 ans, des suites d’un cancer du pancréas, Syd Barrett continua toutefois de percevoir des droits d’auteur pour les chansons qu’il avait écrites pour Pink Floyd. « Je veillais à ce que l'argent arrive toujours », expliquera plus tard David Gilmour. En 1996, il fut également intronisé au Rock and Roll Hall of Fame aux côtés de Pink Floyd.

La culpabilité de Roger Waters et les accusations de la famille Barrett

La disparition progressive de Syd Barrett reste encore aujourd’hui une blessure profonde pour les membres de Pink Floyd. Sa fragilité psychologique, combinée à sa consommation excessive de LSD, a longtemps alimenté les débats sur les causes de son effondrement.

Parmi les personnes ayant vécu cette période douloureuse, Roger Waters a toujours gardé en mémoire la relation particulière qu’il entretenait avec son ancien ami d’enfance. Il a également révélé que la mère de Syd l’avait tenu personnellement responsable de son déclin.

« Sa mère m'a toujours tenu responsable de son déclin, et je comprends. Elle refusait d'admettre que sa maladie n'avait rien à voir avec Pink Floyd et le rock 'n' roll. »

La famille Barrett avait pourtant ses propres interrogations sur l’origine de ses troubles. Sa sœur Rosemary évoquait notamment la possibilité d’un syndrome d’Asperger, tout en affirmant que Syd n’avait jamais reçu de traitement psychiatrique spécifique à Cambridge. De son côté, Richard Wright, qui avait partagé un appartement avec lui à Londres, estimait qu’il souffrait probablement de schizophrénie.

En 2006, David Gilmour expliquait également que les drogues n’avaient probablement pas été l’unique cause de son effondrement : « Je pense que sa dépression nerveuse se serait produite de toute façon ; la drogue n'a fait que l'accélérer. »

Pour Roger Waters, le plus difficile reste l’absence de véritable conclusion à cette histoire :
« La seule chose que je sais, c’est qu’à un certain moment, aucun d’entre nous ne l’a revu ni ne lui a reparlé. Sa mère nous a demandé de ne plus le contacter. Il ne voulait pas parler du passé, cela le bouleversait trop. »

Aujourd’hui encore, Syd Barrett demeure l’une des figures les plus fascinantes et tragiques du rock britannique. Génie créatif à l’origine de l’identité de Pink Floyd, il restera associé à l’image d’un artiste visionnaire dont le talent immense fut malheureusement éclipsé par une descente personnelle qui continue de hanter l’histoire du groupe.