Queen, le récit du premier concert du groupe avec John Deacon. Brian May : « Il a apporté l’équilibre. »

Queen, le récit du premier concert du groupe avec John Deacon. Brian May : « Il a apporté l’équilibre. »

Roger Taylor s'est également souvenu des premières années du groupe sans le légendaire bassiste : « À son arrivée, il nous paraissait exceptionnel. »

Avant de devenir l’un des plus grands groupes de l’histoire du rock, Queen a dû traverser une longue période de formation, d’essais et d’erreurs. Trois années s’écoulent entre sa création en 1970 et la sortie de son premier album éponyme, une phase décisive durant laquelle Brian May et Roger Taylor posent les bases d’un projet aussi ambitieux qu’extravagant. Dès le départ, l’objectif est clair : ne rien faire à moitié.

« Quand nous avons formé Queen, nous voulions le meilleur. Nous ne nous contentions de rien de moins », déclarait Freddie Mercury, résumant parfaitement l’état d’esprit du groupe. Une vision portée par une alchimie rare entre audace, perfectionnisme et sens du spectacle, qui deviendra la signature de leurs futurs concerts.

Une ambition née dès les premiers pas

Dès leurs débuts, les membres de Queen abandonnent des trajectoires plus classiques pour se consacrer entièrement au rock. « On s’est dit : “OK, on se lance dans le rock ’n’ roll”, et on a pris ça au sérieux », racontait Freddie Mercury, convaincu que leur destinée était déjà écrite.

Très vite, le groupe impressionne par la complémentarité de ses membres : la composition et la technique de Brian May, la puissance rythmique de Roger Taylor, et le charisme scénique de Freddie Mercury. Cette combinaison leur permet de franchir un cap dès leur tout premier concert officiel, le 27 juin 1970 à la mairie de Truro, en Cornouailles, alors qu’ils se produisent encore sous le nom de Smile, formation originelle de May et Taylor.

Le problème récurrent du bassiste

Mais malgré leur potentiel évident, un problème majeur freine leur progression : la basse. Brian May l’a lui-même rappelé sur ses réseaux sociaux en revenant sur cette époque.

Le premier bassiste, Mike Grose, ne reste que trois concerts avant de repartir en Cornouailles. Le deuxième, Barry Mitchell, rejoint le groupe en août 1970 mais le quitte rapidement, doutant de leur avenir malgré le talent évident de ses partenaires. Puis vient Doug “Bogie” Ewood, dont le passage éclair de trois jours reste l’un des épisodes les plus insolites de cette période.

Lors d’un concert en première partie de Yes, Doug tente même de voler la vedette à Freddie Mercury, provoquant une réaction immédiate. « Il s’est mis à sauter partout sur scène sans retenue », aurait observé Brian May avec diplomatie. Résultat : il est écarté dans la foulée.

L’arrivée décisive de John Deacon

Après ces tentatives infructueuses, la recherche d’un bassiste devient cruciale. Le groupe a besoin de stabilité, mais aussi de quelqu’un capable de s’intégrer à leurs personnalités fortes et contrastées.

Tout change dix jours plus tard lors d’une soirée étudiante. Un ami présente Roger Taylor et Brian May à un jeune homme discret : John Deacon. « Nous étions tous un peu excentriques. Lui était très calme, presque réservé, mais brillant en électronique. Nous avons tout de suite su qu’il était spécial », se souvient Taylor.

L’intégration est rapide. Le 2 juillet 1971, Queen donne son premier concert avec John Deacon à la basse au Surrey College. Un véritable baptême du feu pour le musicien, encore peu habitué à la scène. Freddie Mercury impose déjà son style : même la tenue de Deacon est choisie par lui, remplaçant sa chemise préférée par un costume flamboyant.

La naissance de la formation définitive

Ce concert marque un tournant majeur : la formation définitive de Queen est née. Pour Brian May, l’arrivée de Deacon est déterminante : « Il a apporté l’équilibre », résume-t-il, soulignant le rôle essentiel du bassiste dans la cohésion du groupe.

Discret mais d’une précision redoutable, John Deacon devient rapidement l’élément stabilisateur d’un groupe en pleine explosion créative.

Une ascension déjà perceptible

En revisitant cette époque cinquante ans plus tard, Brian May partage également une anecdote révélatrice : une affiche du concert de Kingston Polytechnic où Queen apparaît en plus petit que Yes, alors tête d’affiche.

Une situation qui n’inquiétait pas l’équipe de l’époque, comme le rappelait leur agent Paul Conroy : « Un message à tous les nouveaux groupes qui s’inquiètent de ne pas être assez mis en avant : c’est toujours mieux que de ne pas y être du tout. On ne sait jamais ce qui peut arriver. »

Avec ce premier concert et l’arrivée de John Deacon, Queen entrait définitivement dans une nouvelle dimension. Une histoire qui venait à peine de commencer, mais qui allait déjà changer le visage du rock.