Lorsque Queen sort « Another One Bites the Dust » en 1980, personne ne s'attend à voir le groupe britannique signer l'un des plus grands tubes de son histoire... avec un morceau largement inspiré par le funk. Porté par une ligne de basse devenue mythique, le titre permet à Freddie Mercury et ses partenaires de conquérir un nouveau public. Mais derrière ce succès phénoménal se cache aussi une polémique qui marquera durablement le groupe : celle des prétendus messages subliminaux.
Quand Queen décide de casser les codes du rock
Comme le montre le biopic Bohemian Rhapsody, l'idée de « Another One Bites the Dust » naît pendant une séance en studio. Freddie Mercury pousse alors ses camarades à sortir de leur zone de confort et à délaisser, le temps d'un morceau, leurs racines rock pour explorer les sonorités qui enflamment alors les clubs.
Le résultat est spectaculaire. Avec son groove irrésistible, sa rythmique funky et la voix grave de Freddie Mercury, le morceau devient immédiatement incontournable. Le pari est gagné : « Another One Bites the Dust » atteint la 7ᵉ place des charts britanniques et réalise un véritable exploit aux États-Unis, où il reste trois semaines consécutives numéro un du Billboard Hot 100 après sa sortie à l'automne 1980.
La ligne de basse légendaire de John Deacon
Si Freddie Mercury a fortement contribué à orienter le groupe vers ce nouveau son, le véritable architecte du morceau est John Deacon.
Le bassiste compose la célèbre ligne de basse qui ouvre le titre, aujourd'hui considérée comme l'une des plus iconiques de l'histoire du rock. Pour l'imaginer, il s'inspire directement de Chic, le groupe de funk américain mené par Nile Rodgers et Bernard Edwards. L'influence est évidente : un groove minimaliste, efficace et terriblement addictif.
Grâce à cette approche inédite, Queen séduit un public bien plus large que celui du rock traditionnel et prouve sa capacité à se réinventer.
Les accusations de messages subliminaux
Mais le succès de « Another One Bites the Dust » s'accompagne rapidement d'une étrange polémique.
Au début des années 1980, plusieurs fondamentalistes chrétiens affirment que le morceau contient un message subliminal. Selon eux, en écoutant la chanson à l'envers, on entendrait la phrase : « It's fun to smoke marijuana » (« C'est amusant de fumer de la marijuana »).
Cette théorie, largement relayée à l'époque, pousse de nombreux curieux à passer le disque en marche arrière afin de vérifier cette affirmation. Encore aujourd'hui, des vidéos permettant d'écouter le morceau à l'envers circulent sur Internet, chacun étant libre de se faire sa propre opinion.
Une véritable psychose dans les années 1950 à 1980
Les accusations visant Queen ne sortent pourtant pas de nulle part.
Dès les années 1950, le grand public commence à s'inquiéter des supposés messages subliminaux, notamment après la publication de l'ouvrage The Hidden Persuaders, qui évoque les techniques de persuasion cachées dans la publicité.
Cette peur gagne ensuite l'univers de la musique. Dans les années 1960, de nombreux fans s'amusent à écouter leurs vinyles à l'envers afin d'y découvrir d'hypothétiques messages secrets. Cette pratique alimente certaines des théories les plus célèbres de la pop culture, notamment celle affirmant que Paul McCartney, des Beatles, serait mort et remplacé par un sosie.
Le pasteur qui s'en est pris à Queen
L'un des principaux propagateurs de ces accusations contre Queen est Michael Mills, un pasteur chrétien du Michigan.
En 1981, lors de son émission de radio religieuse consacrée aux prétendus messages sataniques dans le rock, il attaque plusieurs groupes emblématiques comme Led Zeppelin, Eagles, The Rolling Stones ou encore Fleetwood Mac.
Vient ensuite le tour de Queen. Michael Mills affirme notamment :
« Le groupe musical qui se fait appeler Queen a un message pour vous. Dans leur album A Night at the Opera, ils chantent "Beelzebub has a devil put aside for me". Dans leur tube Another One Bites the Dust, le message caché entendu à l'envers est "some of us smoke marijuana". »
Des accusations qui paraissent aujourd'hui particulièrement farfelues, mais qui trouvaient alors un véritable écho auprès d'une partie du public américain.
Une polémique vite oubliée, un classique éternel
À cette époque, les accusations de messages subliminaux pouvaient avoir de lourdes conséquences. Le groupe Judas Priest ira même jusqu'à comparaître devant les tribunaux après avoir été accusé d'avoir poussé deux adolescents au suicide à travers des messages cachés dans ses chansons.
Heureusement, Queen ne subira jamais de telles répercussions. Avec le recul, la polémique est devenue une simple anecdote de l'histoire du groupe.
En revanche, « Another One Bites the Dust » est resté intact dans le cœur du public. Plus de quarante ans après sa sortie, le morceau demeure l'un des plus grands classiques de Queen, porté par la ligne de basse géniale de John Deacon, l'audace de Freddie Mercury et cette capacité unique du groupe à repousser les frontières du rock.



























