Pete Townshend (The Who) : « Les Experts est mon fonds de retraite. »

Pete Townshend (The Who) : « Les Experts est mon fonds de retraite. »

Le guitariste anglais a commenté l'état actuel de l'industrie de la musique rock.

Pete Townshend n’a jamais eu sa langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de parler de musique, de rock ou de l’évolution de l’industrie. Le guitariste et membre emblématique de The Who s’est notamment confié au Dallas News sur les transformations du paysage musical, mais aussi sur une source de revenus pour le moins inattendue : les séries télévisées.

Pete Townshend : « C’est le rock à guitare qui perd du terrain »

Pour Pete Townshend, le déclin du rock à guitare ne signifie pas pour autant la disparition du rock. Le musicien observe surtout une transformation profonde des pratiques musicales, notamment avec l’arrivée d’une nouvelle génération de virtuoses sur les plateformes numériques.

« La guitare perd du terrain, notamment parce que, si vous passez une heure sur Instagram ou YouTube, vous découvrez rapidement des inconnus qui en jouent comme de grands violonistes d’orchestre », expliquait-il.

Selon le guitariste de The Who, certains musiciens ont désormais repoussé les limites techniques de l'instrument : « Ce sont des virtuoses de très haut niveau, qui ont littéralement exploité tout le potentiel de l’instrument. »

Mais Townshend refuse de voir cette évolution comme une menace. Au contraire, il estime que la musique est en permanence en train de se réinventer, notamment grâce au beatbox, au rap ou encore à la pop.

« Tout va de nouveau changer, peut-être plus vite qu’on ne l’imagine », prédit-il.

Pour Townshend, le hip-hop est aussi du rock

Le musicien va même plus loin dans sa définition du rock. Pour lui, le genre ne doit pas être réduit aux guitares électriques, aux batteries et aux groupes formés sur scène.

« C’est le rock à guitare qui perd du terrain, pas le rock en général. Pour moi, le hip-hop, c’est du rock », affirme-t-il.

Une vision qui repose avant tout sur l’histoire et l’esprit de ces musiques. Townshend associe le rock et le hip-hop à une même volonté de donner une voix à ceux que la société entend moins.

« La musique des quartiers, des rues, des défavorisés, des opprimés, des jeunes, des ignorés », détaille-t-il.

Aujourd’hui, l’artiste souhaite d’ailleurs continuer à repousser les frontières de son propre travail. « Maintenant, j’essaie d’écrire de vraies œuvres et je veux que mes performances scéniques soient comme des installations artistiques », confie-t-il.

« Les nouvelles technologies ont toujours leurs avantages et leurs inconvénients »

Alors que certains artistes de sa génération peuvent se montrer critiques envers les réseaux sociaux, Pete Townshend fait figure de passionné. Le guitariste de The Who revendique depuis longtemps son intérêt pour les nouvelles technologies et leur potentiel créatif.

« J’y suis accro », reconnaît-il à propos d’Instagram et de YouTube.

Ces plateformes lui permettent notamment de découvrir de nouveaux artistes qu’il n’aurait probablement jamais rencontrés autrement.

« Je pense être en contact aujourd’hui avec une vingtaine ou une trentaine de jeunes musiciens et artistes que je n’aurais jamais découverts sans Instagram et YouTube », explique-t-il.

Pour autant, Townshend reste lucide sur les limites de cette révolution numérique : « Les nouvelles technologies ont toujours leurs avantages et leurs inconvénients. »

« Les Experts, c’était mon fonds de retraite »

C’est lorsqu’il évoque l’aspect financier de l’industrie musicale que Pete Townshend livre probablement la phrase la plus surprenante de son entretien.

Aujourd’hui, le système du streaming permet difficilement à de nombreux artistes de vivre uniquement de leurs morceaux. « Si vous ne gagnez que 0,003 centimes lorsqu'on diffuse votre chanson, il vous faut une fortune pour vous acheter un appartement dans n'importe quelle grande ville du monde », souligne-t-il.

Mais le musicien précise immédiatement qu’il ne cherche pas à se plaindre. Sa propre carrière lui a permis de bénéficier d’une autre source de revenus particulièrement intéressante : les séries télévisées.

« Je ne me plains pas. J'ai connu mon heure de gloire lorsqu'une série télévisée payait 350 $ par diffusion : Les Experts, c'était mon fonds de retraite », raconte-t-il.

La synchronisation de ses chansons dans la célèbre série américaine a donc représenté une véritable manne financière pour le guitariste. Une situation qui montre à quel point les droits musicaux et les placements dans les productions audiovisuelles peuvent être déterminants pour les artistes.

Les jeunes artistes veulent surtout être entendus

Malgré les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux musiciens aujourd’hui, Pete Townshend ne veut pas opposer les générations.

Il rappelle que les jeunes artistes peuvent eux aussi trouver des opportunités grâce aux séries télévisées, aux plateformes numériques et aux nouveaux modes de diffusion.

« Beaucoup de jeunes artistes gagnent encore leur vie en vendant des chansons aux séries télévisées », constate-t-il.

Mais selon lui, leur principale motivation va bien au-delà de l’argent : « Ce qu’ils désirent vraiment, ce sont de nouveaux fans. Ils veulent être entendus. »

Une réflexion qui résume finalement assez bien la philosophie de Pete Townshend : malgré les bouleversements de l’industrie, la musique reste avant tout une histoire de créativité, de transmission et de rencontre avec le public. Et après plusieurs décennies de carrière, le guitariste de The Who continue, lui aussi, de regarder vers l’avenir.