Avec ses huit minutes et cinquante-sept secondes, « November Rain » reste l’une des chansons les plus longues à avoir atteint le Top 10 américain. Une anomalie dans un paysage radio dominé par des formats calibrés. Mais chez Guns N' Roses, l’excès a toujours été une seconde nature. À sa sortie sur l’album Use Your Illusion I en septembre 1991, la ballade symphonique incarne l’ambition démesurée d’un groupe au sommet de sa gloire.
Pourtant, l’histoire de ce monument commence bien avant les stades pleins et les clips millionnaires.
1983 : les premières notes à Los Angeles
Avant même la formation définitive de Guns N’ Roses, Axl Rose travaille déjà sur les bases de la chanson. Selon Tracii Guns, ancien compagnon d’Axl au sein de LA Guns, l’ébauche de « November Rain » remonte à 1983. À l’époque, le morceau est encore embryonnaire, mais son ADN est déjà là : une ballade dramatique, construite autour d’un piano mélancolique et d’une montée en puissance émotionnelle.
Axl rêve grand. Trop grand, peut-être, pour la scène hard rock de Los Angeles du début des années 80.
1987 : la version de 18 minutes, le fantasme orchestral
Lors des sessions de Appetite for Destruction en 1987, le groupe enregistre une version de 18 minutes du morceau. C’est Slash qui le raconte dans son autobiographie : à l’époque, la chanson est jugée trop ambitieuse, trop longue, trop éloignée de l’énergie brute de Welcome to the Jungle ou Paradise City. Elle restera donc dans les tiroirs.
Mais cette version fleuve prouve une chose : Axl Rose pense déjà en cinémascope. Cordes, respirations longues, structures éclatées… « November Rain » n’est pas une simple ballade rock, c’est une fresque.
1986 : la démo acoustique de Sound City
Entre ces deux moments clés, il existe une autre pièce du puzzle : une version acoustique de cinq minutes, enregistrée aux mythiques studios Sound City Studios à Los Angeles en 1986. Présentée en démo publique, cette mouture met en avant une guitare rythmique dépouillée et un piano omniprésent.
Moins grandiloquente que la version finale, elle révèle toutefois la force mélodique brute du morceau. Même sans orchestre, la chanson touche déjà au cœur.
1991 : l’ambition totale avec Mike Clink
Lorsque le groupe entre en studio à Hollywood avec le producteur Mike Clink pour enregistrer les albums Use Your Illusion II et Use Your Illusion I, Axl est déterminé à aller au bout de sa vision.
Il ajoute un arrangement de cordes, renforce l’interlude orchestral qui précède le solo et pousse sa voix dans ses retranchements. Le résultat ? L’une des performances les plus intenses de sa carrière.
Et puis il y a ce moment suspendu.
Le solo légendaire de Slash
À sept minutes et neuf secondes, le morceau bascule. Le solo de Slash fend l’orchestre et transforme la ballade en épopée. Le plus fou ? Ce solo est exactement celui qu’il a improvisé lors de sa première écoute complète du morceau.
Un éclair de génie capturé sur bande. Brut. Définitif.
Sortie en tant que troisième single le 18 février 1992, « November Rain » atteint la 3e place aux États-Unis et la 4e au Royaume-Uni. C’est le plus grand succès du groupe depuis Sweet Child o' Mine.
Un groupe au bord de l’implosion
Au-delà des chiffres, « November Rain » incarne l’essence même de Guns N’ Roses : le chaos, la fragilité, la grandeur. Slash l’a résumé en une phrase devenue culte :
« Guns N' Roses était un groupe qui pouvait se séparer à tout moment. Et c'est ce qui rendait les choses beaucoup plus excitantes. »
Cette tension permanente nourrit la musique. Elle donne à la chanson cette intensité dramatique unique, comme si chaque note pouvait être la dernière.
Une ballade devenue monument
Aujourd’hui encore, « November Rain » demeure une anomalie magnifique : une ballade de près de neuf minutes, portée par un orchestre symphonique, un solo improvisé devenu mythique, et l’ego assumé d’un groupe qui refusait les compromis.
De la première esquisse à Los Angeles à la version de 18 minutes de 1987, jusqu’au chef-d’œuvre orchestral de 1991, l’histoire de « November Rain » est celle d’une obsession artistique.
Et d’un groupe qui, à force de frôler la rupture, a touché l’éternité.
































