Queen : L'histoire de Delilah, la déclaration d'amour de Freddie Mercury à son chaton

Queen : L'histoire de Delilah, la déclaration d'amour de Freddie Mercury à son chaton

La chanson est sortie en 1991 sur l'album Innuendo

En 1991, Innuendo marque un tournant. Quatorzième album de Queen, il sera aussi le dernier enregistré et publié du vivant de Freddie Mercury. Un disque crépusculaire, monumental, façonné dans l’ombre d’un secret tragique.

Enregistré entre mars 1989 et novembre 1990 aux studios Metropolis à l’ouest de Londres et aux studios Mountain à Montreux, en Suisse, l’album devait initialement paraître pour Noël 1990. Mais l’état de santé du chanteur repoussa inévitablement sa sortie. La terrible maladie qu’il affrontait en silence n’altéra pourtant en rien son instrument : sur cet opus magistral, sa voix déploie une tessiture de quatre octaves, atteignant des sommets d’intensité et de fragilité.

À sa sortie, les fans furent unanimes : Innuendo sonnait comme un retour aux sources. Un équilibre retrouvé entre puissance rock, flamboyance théâtrale et sophistication mélodique. Pourtant, au cœur de cette fresque grandiose se cache une chanson inattendue, presque intime, qui tranche avec les envolées épiques du reste de l’album : Delilah.

Delilah, une ballade hors du temps

Au milieu de titres massifs et tranchants, comme « The Hitman », l’une des compositions les plus dures jamais écrites par le groupe, Delilah détonne. Pas de fureur électrique ni de grandiloquence dramatique ici. Seulement une déclaration sincère, douce et presque enfantine.

Car derrière cette chanson se cache une vérité simple : Freddie Mercury adorait ses chats.

Ils étaient bien plus que des animaux de compagnie. Des confidents silencieux. Des présences constantes. Des colocataires à part entière. À Garden Lodge, sa résidence londonienne de Kensington, ils furent les témoins involontaires de la création de chaque album. Dans cette maison devenue sanctuaire, les chats régnaient en maîtres… et dans le cœur de Freddie.

Conscient, sans doute, que le temps lui était compté, il choisit d’offrir à sa chatte préférée un hommage éternel. Delilah devient alors bien plus qu’une fantaisie : c’est une déclaration d’amour. Une bulle de tendresse dans un monde qui s’assombrit.

Une chanson qui a failli disparaître

Mais tout le monde n’était pas convaincu.

Le contraste entre Delilah et la puissance brute de « The Hitman » était saisissant. Trop léger ? Trop décalé ? Le groupe tenta, dit-on, de retirer le morceau de la tracklist. Dans un album aussi dense et dramatique que Innuendo, cette chanson semblait presque incongrue.

C’est alors que John Deacon intervint.

Le bassiste reprit la composition, y ajouta sa ligne de basse si caractéristique, retravailla les arrangements et insuffla ce son immédiatement identifiable : le son “Queen”. Grâce à lui, la chanson trouva sa place. Freddie put convaincre ses partenaires de la réintégrer à l’album.

Et heureusement.

L’héritage d’une tendresse rock

Avec le recul, Delilah apparaît comme l’un des moments les plus humains de la discographie de Queen. Derrière la légende flamboyante, derrière les stades et les costumes extravagants, se révèle un homme profondément attaché aux êtres qu’il aimait — humains comme félins.

Dans un album dominé par la puissance et la gravité, Delilah est une respiration. Une preuve que le rock peut aussi être fragile. Que même au sommet de son art, confronté à l’inéluctable, Freddie Mercury choisissait encore l’amour.

Et quelque part, entre Londres et Montreux, dans les échos de Innuendo, résonne encore ce murmure tendre adressé à un chaton devenu immortel.