Innuendo : L’histoire que vous ne connaissez pas à propos du dernier chef-d’œuvre de Queen avec Freddie Mercury

Innuendo : L’histoire que vous ne connaissez pas à propos du dernier chef-d’œuvre de Queen avec Freddie Mercury

Le 4 février 1991, Queen sort son dernier album avec Freddie Mercury, que beaucoup ont comparé à « A Night At The Opera » de 1975

Innuendo. Un mot mystérieux, presque provocateur. Un titre à double fond choisi par Queen pour baptiser leur quatorzième album studio, et surtout le dernier enregistré et publié du vivant de Freddie Mercury.
Un disque à part, chargé de symboles, souvent comparé à « A Night at the Opera » (1975) tant il synthétise toutes les facettes du groupe : le rock, l’opéra, l’expérimentation, la démesure… et l’émotion brute.

Mais quelles sont les étapes fondamentales qui ont mené à la naissance de ce monument du rock ?

Un album contre la montre

Seulement vingt mois séparent Innuendo de The Miracle (1989). Un délai extrêmement court pour Queen — le plus bref depuis Hot Space en 1982.
Cette urgence n’a rien d’artistique. Elle est humaine. Et tragique.

La santé de Freddie Mercury se dégrade rapidement. Conscient du temps qui lui reste, le chanteur décide de mettre toute son énergie, tout ce qu’il lui reste de vie, dans la création de cet album. Plus de compromis. Plus de détour.

Un enregistrement entre Londres et Montreux

Innuendo est enregistré entre mars 1989 et novembre 1990 dans deux lieux mythiques :

  • les studios Metropolis, à l’ouest de Londres,

  • et les studios Mountain, à Montreux (Suisse), refuge créatif du groupe.

Initialement prévu pour Noël 1990, l’album voit sa sortie repoussée à cause de l’état de santé de Freddie.
Mais une chose frappe immédiatement les fans à sa sortie : la maladie n’a absolument pas altéré sa voix. Sur Innuendo, Mercury déploie une tessiture de quatre octaves, impériale, bouleversante.

Beaucoup y verront un retour aux sources du son Queen, une renaissance artistique au bord du gouffre.

Le titre : “Innuendo”

Le morceau « Innuendo » s’ouvre sur un crescendo majestueux, évoquant clairement « Kashmir » de Led Zeppelin — une référence assumée par Roger Taylor.
Mais là où Zeppelin impose une lourdeur mystique, Queen injecte sa fluidité, son sens du spectacle, son élégance mélodique.

Moment unique dans l’histoire du groupe : le solo de guitare classique est confié à Steve Howe, guitariste légendaire de Yes.
Il restera le seul guitariste extérieur à avoir jamais joué sur un album de Queen.

Le clip de “I’m Going Slightly Mad”

Chanson douce-amère, étrange et faussement légère, « I’m Going Slightly Mad » donne naissance à l’un des clips les plus marquants de l’ère Mercury.

Freddie décide de le réaliser lui-même.
Tourné en février 1991 aux studios Limehouse de Londres, le clip montre un Mercury physiquement affaibli, marqué par la maladie, mais toujours habité par le besoin viscéral de s’exprimer par son corps.

Il y apparaît vêtu de costumes gothiques, très en vogue à l’époque.
Les autres membres incarnent des figures absurdes et surréalistes :

  • Brian May en pingouin,

  • Roger Taylor en théière,

  • John Deacon en bouffon.

Un dernier rire avant l’abîme.

“Headlong”, le single échec de Brian May

« Headlong » est l’un des morceaux les plus brutaux et efficaces d’Innuendo. Un rock frontal, héritier direct de « I Want It All » (1989).

Ironie de l’histoire : ce n’était pas censé être une chanson de Queen.
Le titre est écrit par Brian May pour son album solo (sorti en 1992). Mais lorsqu’il le fait répéter à Freddie, la magie opère immédiatement.

Résultat : 3ᵉ place du classement Mainstream Rock en janvier 1991.

Autre anecdote : « I Can’t Live With You », également présent sur Innuendo, connaîtra une sortie en single… en 1997, après la compilation Queen Rocks. Lui aussi était initialement destiné à l’album solo de May.

 

La collaboration fantôme avec Montserrat Caballé

Peu de fans le savent, mais Innuendo contient un morceau issu de l’album Barcelona (1988), projet solo de Freddie avec la soprano Montserrat Caballé.

Il s’agit de « All God’s People », un titre gospel, grandiose et lumineux.
C’est la seule chanson de l’album qui n’est pas créditée à Queen dans son ensemble, mais à Freddie Mercury et Mike Moran, compositeur clé de Barcelona.

Freddie et ses chats : “Delilah”

Les chats de Freddie n’étaient pas de simples animaux de compagnie.
Ils étaient ses confidents, ses colocataires, les témoins silencieux de toutes ses créations à Garden Lodge, sa maison de Kensington.

Pour Innuendo, Freddie écrit « Delilah », une déclaration d’amour à sa chatte préférée.
Le groupe tente désespérément de retirer le morceau de la tracklist, jugeant le contraste trop violent avec des titres comme « The Hitman ».

C’est John Deacon qui sauve la chanson :
il la réarrange, y ajoute sa ligne de basse, lui donne ce son Queen reconnaissable entre mille… et permet à Freddie de l’imposer définitivement.

La dernière image connue de Freddie Mercury

L’album s’achève sur « The Show Must Go On », véritable chant du cygne, écrit et enregistré alors que Freddie est déjà au bord de l’épuisement. Une chanson qui dépasse le rock, le temps, et même la mort.

Mais l’ultime adieu ne se fait pas sur ce morceau.

Le 5 septembre 1991, jour de son 45ᵉ anniversaire, Queen publie le clip de « These Are the Days of Our Lives », dernier single extrait d’Innuendo.
Freddie Mercury est décédé le 24 novembre 1991.

Dans cette vidéo bouleversante, il apparaît squelettique, pâle, fragile, mais d’une dignité absolue.
Il regarde la caméra. Il regarde le monde. Il regarde ses fans.

Et il murmure : « Je t’aime toujours ».

C’est la dernière image connue de Freddie Mercury.
Un regard infini.
Une flamme éternelle.
Un adieu gravé à jamais dans l’histoire du rock.