C’est toujours douloureux de voir un monument du thrash metal tirer sa révérence dans la discorde. Et pourtant, l’histoire du rock nous l’a prouvé maintes fois : les légendes ne meurent jamais en silence. Cette fois, c’est Megadeth qui s’apprête à refermer le chapitre, avec un ultime album et une dernière tournée marqués par une atmosphère électrique.
En fin d’année dernière, Dave Mustaine a annoncé la fin du groupe, invoquant son état de santé et son incapacité à tenir le rythme effréné imposé par des décennies de scène et de studio. Une décision lourde, mais lucide. Résultat : une ultime tournée mondiale et un album paru le 23 janvier, qui s’est immédiatement hissé à la première place aux États-Unis avec 73.000 exemplaires écoulés en une semaine. Le disque a également décroché la pole position en Australie et en Pologne, un podium au Royaume-Uni et une solide 6ème place du Top Albums en France, séduisant près de 5.000 rockeurs.
Un succès commercial indéniable. Mais derrière les chiffres, les fissures sont bien réelles.
David Ellefson sort du silence
Évincé en 2021, l’ancien bassiste David Ellefson n’a jamais totalement digéré son départ. Remplacé par James LoMenzo, il vient de livrer sa vérité dans son propre podcast. Et ses mots sont loin d’être anodins.
Selon lui, ce dernier album sonne davantage comme « un projet solo » que comme un véritable disque de Megadeth.
« Quand je l'écoute, je me dis : "OK, c'est un album solo de Dave." En fait, c'est Dave et son nouveau groupe, Dave et ses nouveaux musiciens »
Une déclaration lourde de sens. Pour Ellefson, l’ADN collectif du groupe s’est effacé au profit d’une vision plus personnelle de Mustaine.
Il enfonce le clou en dénonçant une possible stratégie marketing :
« Il y a marqué Megadeth, alors forcément, ça attire toute l'attention, mais honnêtement, quand je l'écoute, ça ne sonne pas comme du Megadeth. C'est mon avis, point final. Vous voyez ? C'est Dave qui fait ce qu'il fait de mieux, mais avec d'autres musiciens, à une autre époque »
Des mots qui traduisent une fracture profonde. Car au-delà des riffs et des solos, Megadeth a toujours été une alchimie. Et quand l’alchimie disparaît, il ne reste que l’ombre d’un nom mythique.
Mustaine ferme la porte
De son côté, Dave Mustaine ne laisse aucune place au doute. Les anciens membres — David Ellefson, Kiko Loureiro et consorts — ne feront pas partie de la tournée d’adieu.
Ses déclarations sont sans appel :
« Il y a des types qui disent du mal de moi dans la presse. Alors pourquoi je voudrais jouer avec ces gens-là ? Si quelque chose ne se termine pas bien, pourquoi je devrais le faire ? Il n'y a aucune raison valable de faire une chose pareille, surtout que notre temps sur scène est limité »
Un message clair : pas de réconciliation, pas de nostalgie, pas de faux-semblants. Seulement une dernière ligne droite menée selon sa propre vision.
Une fin à l’image du rock
La trajectoire de Megadeth aura été faite de chaos, de génie et de conflits — exactement ce qui nourrit le rock depuis toujours. Ce dernier album, qu’on le considère comme une œuvre collective ou comme un chapitre solo de Mustaine, restera comme l’ultime trace d’un groupe qui a marqué l’histoire du metal.
Peut-être que la tension fait partie de l’ADN du groupe depuis ses débuts. Peut-être aussi que cette fin imparfaite est, au fond, la plus fidèle à l’esprit du rock’n’roll : intense, brutal, sans concession.
Une chose est sûre : même dans la discorde, Megadeth quitte la scène au sommet des charts. Et ça, peu de groupes peuvent en dire autant.
































