Figure tutélaire de la scène new-yorkaise des années 70, Patti Smith reste à jamais la poétesse du punk, celle qui a transformé la rage en art et la contestation en littérature électrique. Au CBGB, club mythique du Bowery, elle a contribué à révolutionner le son et le style d’une génération entière. Avec son verbe incandescent et sa silhouette androgyne, elle a imposé une vision alternative du monde, mêlant rébellion, romantisme et culture underground.
Voix artistique et cultivée du mouvement, Patti Smith a utilisé les mots comme des images, puisant son inspiration auprès des grandes figures de la contre-culture new-yorkaise : Bob Dylan, Tom Verlaine, le photographe Robert Mapplethorpe, le poète Allen Ginsberg, l’écrivain Sam Shepard, sans oublier Fred Sonic Smith et Michael Stipe. Une constellation d’artistes qui ont façonné sa sensibilité et nourri son œuvre.
Parmi ses idoles, une figure trônait au sommet : Jimi Hendrix. Elle admirait autant son génie musical que son humanité. « Jimi était tout ce qu'on pouvait attendre d'une rock star », confiait-elle. Talent, grâce, intensité : Hendrix incarnait la flamboyance sans perdre la profondeur.
Mais le punk, s’il fut une révolution esthétique et sociale, portait aussi en lui une part d’ombre. Une énergie brute, parfois incontrôlable, qui a englouti certains de ses protagonistes. Sid Vicious, bassiste des Sex Pistols, en est l’exemple le plus tragique.
Le 12 octobre 1978, sa compagne Nancy Spungen est retrouvée morte dans une chambre du Chelsea Hotel, poignardée. Sid est arrêté — il admet d’abord l’avoir blessée sans intention de la tuer avant de se rétracter — puis libéré sous caution. Il tente de se suicider. Le chaos ne fait que commencer.
Le 9 décembre 1978, au Hurrah Club de New York, Sid assiste à un concert du groupe glam punk Skafish. Ce soir-là, Todd Smith, frère et tour manager de Patti Smith, travaille avec le groupe. Selon le chanteur Jim Skafish, Sid se tient sous la scène, fixe intensément les musiciens, fait un geste vers la guitariste Karen Winner, puis s’approche de Tarrah, membre de l’équipe et fiancée à Todd.
Alors que Skafish interprète She Lives For Love, une altercation éclate entre Todd et Sid. Le bassiste frappe Todd au visage avec une bouteille, lui infligeant une blessure nécessitant sept points de suture. Le régisseur du groupe, Jimmy Sohns — ancien chanteur des Shadows of Knight — intervient et envoie Sid dans les escaliers d’un coup de poing. « On a quand même réussi à assurer le concert », ironisera plus tard Jim Skafish.
Quelques semaines plus tard, le 1er février 1979, après 55 jours de détention à Rikers Island, Sid Vicious meurt d’une overdose d’héroïne. Il avait 21 ans.
Le regard de Patti Smith sur lui est à la fois lucide et empreint de tristesse :
« Mon frère était un homme dur mais paisible, Sid était incontrôlable. Il n'arrivait pas à garder l'équilibre ; son histoire est tragique et triste. »
Même John Lydon (Johnny Rotten) a exprimé des regrets :
« Je regrette de l’avoir fait entrer dans le groupe. Il se sentait isolé, le pauvre Sid, car il n’était pas le plus intelligent du monde. Le meilleur aspect de sa personnalité, son sens de l’humour, a disparu le jour où il a rejoint les Sex Pistols. »
À travers ces mots, c’est toute l’ambivalence du punk qui ressurgit : une explosion de liberté, mais aussi un terrain miné pour les âmes fragiles. Patti Smith, elle, a su canaliser la fureur en poésie. Sid Vicious, lui, s’est perdu dans la tempête.
Entre lumière et ténèbres, le rock écrit parfois ses plus belles légendes avec de l’encre noire.

































