Pendant des décennies, Let It Be a traîné derrière lui une réputation lourde : celle de l’album de la rupture, symbole d’un groupe à bout de souffle, miné par les tensions internes, les ego et les désaccords artistiques. Une fin crépusculaire pour le plus grand groupe de l’histoire du rock. Mais ça, c’était avant. Avant Get Back.
Avec son documentaire monumental, réalisé par Peter Jackson, l’histoire des Beatles s’est vue offrir une nouvelle lecture, bien plus nuancée, humaine et lumineuse. Loin du chaos souvent évoqué, Get Back révèle un groupe encore soudé, créatif, et surtout vivant.
Let It Be n’était pas l’album de la fin
Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, Let It Be n’est pas le véritable disque de la séparation. En réalité, ce rôle revient à Abbey Road, pourtant enregistré après Let It Be, entre février et août 1969, mais sorti en premier, le 26 septembre 1969. Un paradoxe historique qui a longtemps brouillé les pistes.
Et selon Paul McCartney et Ringo Starr, les fameuses sessions de Let It Be n’étaient pas aussi conflictuelles que la légende l’a raconté. Oui, le groupe était à un tournant. Oui, chacun envisageait l’avenir différemment. Mais non, les Beatles n’étaient pas quatre ennemis enfermés dans un studio.
Get Back : la joie retrouvée
Le documentaire de Peter Jackson, qui s’achève sur le mythique concert sur le toit d’Apple, à Savile Row, le 30 janvier 1969, remet au centre ce qui faisait l’essence des Beatles : la complicité, l’amitié et le plaisir de jouer ensemble.
« Ce qui est formidable, c’est que le documentaire nous montre tous les quatre en train de nous amuser ensemble », confie Sir Paul.
« Le plus important avec les Beatles, c’est que nous riions tout le temps. Mes souvenirs du groupe sont liés à notre musicalité et à la joie qui nous animait. »
Une déclaration qui change tout. Get Back ne nie pas les tensions, mais il rappelle que, même à la fin, les Beatles restaient capables de créer des chefs-d’œuvre dans un climat de camaraderie rare.
La chronologie d’une fin mal comprise
La fin des Beatles n’a jamais été un événement unique, mais une suite de décisions étalées dans le temps :
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4 juin 1969 : John Lennon sort Give Peace a Chance avec le Plastic Ono Band
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20 septembre 1969 : il annonce en privé son départ du groupe
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Abbey Road se vend alors à quatre millions d’exemplaires et trône en tête des charts britanniques
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10 avril 1970 : Paul McCartney sort son premier album solo et annonce publiquement la séparation
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8 mai 1970 : sortie de Let It Be, produit par Phil Spector, à la demande de Lennon et Harrison, un choix que Paul n’a jamais accepté
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27 novembre 1970 : George Harrison frappe fort avec le triple album All Things Must Pass, révélant tout ce qu’il avait gardé en réserve
Une fin progressive, complexe, loin du mythe d’un éclatement brutal.
La fin de la culpabilité
Pendant longtemps, Paul McCartney a porté le poids de cette séparation sur ses épaules.
« Pendant longtemps, j’ai éprouvé un sentiment de culpabilité quant à la fin des Beatles », admet-il.
« Mais ce documentaire m’a apporté la preuve dont j’avais besoin pour comprendre que ce n’était pas le cas. Un cycle s’était bouclé, un cycle incroyablement satisfaisant, et nous ne voulions pas gâcher ce que nous avions créé ensemble. »
Une déclaration forte, presque libératrice, qui réhabilite la fin des Beatles comme une conclusion naturelle, et non comme un échec.
John Lennon, toujours présent
Plus émouvant encore, Paul McCartney avoue que John Lennon ne l’a jamais vraiment quitté.
« Nous aurions pu retravailler ensemble. Aujourd’hui encore, quand j’écris une chanson, je fais comme s’il était avec moi et je lui dis : “OK, John, quel couplet on utilise maintenant ?” »
Même séparés, même disparus, les Beatles continuent de dialoguer à travers le temps. Get Back ne raconte pas la fin d’un groupe. Il raconte la fin d’un chapitre, écrit par quatre amis qui, jusqu’au bout, ont su rester des Beatles.
































