Le jour où Paul Weller a envoyé Sid Vicious à l'hôpital : « Il a commencé et j'ai fini »

Le jour où Paul Weller a envoyé Sid Vicious à l'hôpital : « Il a commencé et j'ai fini »

Les Sex Pistols ont avoué au chanteur de The Jam avoir volé la ligne de basse de « In The City » après lui avoir donné un coup de tête.

À la fin des années 1970, la scène britannique bouillonne. Entre l’explosion du punk rock, l’héritage Mod et la colère sociale d’une jeunesse désabusée, deux groupes symbolisent cette révolution musicale : The Jam et Sex Pistols. Et au milieu de cette époque électrique, une altercation devenue légendaire oppose deux figures emblématiques : Paul Weller et Sid Vicious.

“In The City”, l’hymne d’une jeunesse qui veut fuir la banlieue

À seulement 18 ans, Paul Weller écrit « In The City », un morceau qui deviendra rapidement l’un des hymnes de la jeunesse ouvrière londonienne. Inspiré par sa propre vie à Woking, à une trentaine de kilomètres de Londres, le chanteur décrit alors ce besoin vital d’évasion.

« Une chanson sur le besoin de s'évader, de fuir la banlieue. »

Fils d’un chauffeur de taxi et d’une femme de ménage, Paul Weller rêve de la capitale britannique, de ses clubs, de ses concerts et de son agitation culturelle.

« Pour nous, la ville était le centre de tout : les boîtes de nuit, la musique, les concerts. C'était un rêve de banlieue. »

Avec Rick Buckler et Bruce Foxton, il forme The Jam, un power trio mêlant l’esthétique Mod, les guitares nerveuses à la The Beatles et l’énergie brute du punk.

Sorti le 29 avril 1977, « In The City » entre dans le Top 40 britannique et lance définitivement la carrière du groupe. Quelques années plus tard, The Jam enchaîne les succès avec « Eton Rifles » puis « Going Underground », numéro un des charts en mars 1980.

Quand les Sex Pistols s’inspirent de The Jam

Quelques mois après la sortie de « In The City », les Sex Pistols dévoilent « Holidays in the Sun », quatrième single de leur album culte Never Mind the Bollocks: Here's the Sex Pistols.

Très vite, certains remarquent une ressemblance troublante entre les deux morceaux, notamment dans la ligne de basse d’introduction. Une inspiration assumée plus tard par Glen Matlock, bassiste originel des Sex Pistols.

« Holidays in the Sun est une réinterprétation d'In the City. »

À l’époque, les emprunts musicaux sont fréquents dans la scène punk londonienne. Mais c’est surtout la manière dont Sid Vicious aurait abordé Paul Weller qui va transformer cette anecdote musicale en véritable bagarre de légende.

La bagarre qui s’est terminée à l’hôpital

L’incident éclate au célèbre Speakeasy Club de Marlborough Street à Londres. Selon plusieurs témoignages, Sid Vicious se serait moqué de Paul Weller au sujet des similitudes entre les chansons.

L’histoire dégénère rapidement.

D’après Glen Matlock, le bassiste des Sex Pistols aurait provoqué le leader de The Jam jusqu’à ce que celui-ci perde patience et le mette KO.

« Sid Vicious le lui a dit en face. Ils se sont rencontrés dans une boîte de nuit à Londres et il a commencé à se moquer de lui. Paul l'a mal pris et l'a mis KO. Sid a fini à l'hôpital pour la nuit. »

Des années plus tard, Paul Weller a lui-même confirmé l’altercation.

« Il m'a agressé et je me suis défendu. Je me fichais qu'ils me copient — on s'inspire tous les uns des autres, après tout — mais il m'a donné un coup de tête. »

Le chanteur reconnaît ne pas être fier de cette histoire, mais assume totalement la façon dont les événements se sont déroulés.

« Je n'en suis pas fier, mais c'est comme ça que ça s'est passé. C'est lui qui a commencé, c'est moi qui ai fini. »

Ironie de l’histoire : ce soir-là, ce n’est pas Sid Vicious qui est expulsé du club… mais bien Paul Weller.

Deux visions du punk britannique

Cette altercation symbolise aussi le fossé entre deux approches du rock britannique de l’époque. D’un côté, les Sex Pistols, incarnation du chaos et de la provocation permanente. De l’autre, The Jam, plus mélodique, influencé par la soul, le R&B et la culture Mod.

Mais malgré leurs différences, ces deux groupes ont contribué à définir l’identité musicale de la fin des années 1970 au Royaume-Uni. Et cette fameuse bagarre entre Paul Weller et Sid Vicious reste aujourd’hui encore l’une des anecdotes les plus célèbres de l’histoire du punk rock britannique.