Where The Streets Have No Name : L'histoire du clip qui a changé à jamais la carrière de U2

Where The Streets Have No Name : L'histoire du clip qui a changé à jamais la carrière de U2

Enregistrée le 27 mars 1987 dans le quartier de Skid Row à Los Angeles, elle est rapidement entrée dans l'histoire du rock.

Le 27 mars 1987 marque un tournant décisif dans l’histoire du rock. Ce jour-là, U2 ne choisit ni stade ni salle mythique pour lancer sa tournée de The Joshua Tree. Le groupe mené par Bono et The Edge opte pour un lieu inattendu : le toit d’un magasin d’alcools en plein cœur de Los Angeles.

Un concert sauvage au sommet de la ville

Le magasin, baptisé Republic Liquor, situé à l’angle de la 7e rue et de Main Street, devient rapidement le centre de toutes les attentions. Les radios locales annoncent que le groupe y tourne le clip de « Where The Streets Have No Name », et en quelques heures, la foule afflue.

Mais le choix du lieu n’est pas anodin. Le quartier, connu sous le nom de Skid Row, est loin d’être paisible. Entre pauvreté extrême et insécurité, il jouxte notamment le tristement célèbre Cecil Hotel. Un décor brut, presque hostile, qui contraste avec la dimension spirituelle et épique du morceau.

Une foule incontrôlable et une tension palpable

Malgré le contexte, des centaines — peut-être un millier — de fans se rassemblent. La pression monte rapidement. Conscient du risque d’émeute, le groupe démarre le concert sans attendre.

Pendant ce set improvisé, U2 interprète huit titres, dont plusieurs classiques :

  • « Where The Streets Have No Name » (jouée quatre fois pour les besoins du clip)
  • « Sunday Bloody Sunday »
  • « Pride (In the Name of Love) »
  • « In God’s Country »
  • Une reprise de « People Get Ready » de Curtis Mayfield
  • Un extrait de « Dancing in the Street » de Martha and the Vandellas

Mais très vite, la situation échappe à tout contrôle. La circulation est paralysée, la foule déborde dans les rues, et la police intervient. Dans la vidéo finale, on entend même un agent déclarer :
« Vous attirez des gens du comté d'Orange et d'ailleurs ! Nous fermons tout. »

Un coup de génie parfaitement orchestré

En réalité, ce chaos était presque calculé. L’objectif du groupe : créer un événement, un moment impossible à ignorer.

Pendant une semaine, les équipes techniques ont sécurisé le toit du bâtiment pour éviter tout accident. Un groupe électrogène a même été installé pour continuer le tournage en cas de coupure de courant par les autorités. Le décor a été soigné dans les moindres détails, allant jusqu’à reconstruire l’enseigne du Million Dollar Hotel voisin.

Des années plus tard, le bassiste Adam Clayton confiera :
« Notre but était de bloquer les rues. S'il y a bien une chose que les habitants de Los Angeles détestent, ce sont les rues fermées. »

Mission accomplie : la police met fin au tournage… mais le buzz est total.

Un hommage aux Beatles et un moment d’histoire

Impossible de ne pas voir dans cette performance un clin d’œil à The Beatles, qui avaient marqué l’histoire avec leur concert sur le toit d’Apple Corps à Londres en 1969, lors de leur ultime apparition publique.

Avec ce clip réalisé par Meiert Avis, U2 modernise le concept et l’inscrit dans une nouvelle ère : plus urbaine, plus brute, plus spontanée.

Le résultat ? Une vidéo iconique, portée par l’enregistrement original du morceau, qui remportera un Grammy Award et contribuera à propulser définitivement le groupe au rang de légende mondiale.

Un lieu devenu mythique

Aujourd’hui, le Republic Liquor Store n’existe plus. À sa place se trouve un restaurant mexicain nommé Margarita’s Place. Pourtant, le lieu continue d’attirer des fans venus du monde entier.

Car ce toit anonyme, perdu dans un quartier difficile de Los Angeles, est devenu le théâtre d’un moment unique : celui où U2 a transformé une simple performance en l’un des clips les plus marquants de l’histoire du rock.