Le 24 février 1975, Led Zeppelin frappe un grand coup avec Physical Graffiti, un disque hors normes devenu l’un des albums les plus diversifiés, audacieux et multiformes des années 1970. Véritable monument du rock, ce double album – le premier et unique du groupe – incarne à lui seul la liberté artistique absolue du quatuor formé par Jimmy Page, Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham.
Ses 15 titres forment un voyage sonore vertigineux : du blues granitique de Custard Pie à l’expérimentation mystique de In My Time of Dying, en passant par la dimension épique de Kashmir, jusqu’à l’exaltation hard rock ultime de The Wanton Song, l’un des morceaux les plus puissants jamais composés par le groupe.
Mais derrière ce chef-d’œuvre se cachent des anecdotes fascinantes.
Le choix du double album : un défi artistique
Physical Graffiti est l’album préféré de Robert Plant, qui le considère comme le plus représentatif et le plus créatif de Led Zeppelin. Pourtant, au départ, le projet devait être bien plus court.
Avec seulement huit morceaux finalisés, l’album se retrouvait dans une zone inconfortable : trop long pour un simple vinyle, trop court pour un double. La solution ? Explorer les archives du groupe.
Ainsi, plusieurs titres écartés des albums précédents furent retravaillés :
-
Down By The Seaside, composé lors des sessions de Led Zeppelin IV
-
The Rover, pensé à l’époque de Led Zeppelin III
-
Houses Of The Holy, écrit pour Houses of the Holy mais mystérieusement absent du disque
Ce recyclage créatif donne naissance à un album tentaculaire, mélangeant les époques, les styles et les ambiances, tout en conservant une cohérence impressionnante.
John Paul Jones voulait quitter le groupe
L’enregistrement de Physical Graffiti s’étend sur 15 mois, un délai relativement courant dans les années 1970, surtout pour un groupe constamment en tournée. Mais un événement inattendu ralentit encore le processus.
Épuisé par la pression, John Paul Jones envisage sérieusement de quitter Led Zeppelin pour devenir chef de chœur à la cathédrale de Winchester. Une décision radicale qui aurait pu changer l’histoire du rock.
Le manager du groupe, Peter Grant, intervient et parvient à le convaincre de rester. Revigoré, Jones revient en studio avec une inspiration nouvelle, allant jusqu’à enregistrer des parties de guitare, une première dans l’histoire du groupe.
Son retour sera déterminant, notamment pour la naissance d’un des morceaux les plus mythiques du disque.
« In My Time of Dying » : un blues possédé
In My Time of Dying est sans doute l’une des chansons les plus intenses, longues et habitées du répertoire de Led Zeppelin.
Ce morceau est une réinterprétation du blues Jesus, Make Up My Dying Bed, écrit par Blind Willie Johnson en 1927. Une autre version fut enregistrée par Bob Dylan en 1962.
Entre slide guitar incandescente et tension dramatique extrême, Led Zeppelin transforme ce blues spirituel en une fresque électrique monumentale, rapidement devenue un incontournable de leurs concerts.
Une pochette devenue culte
La pochette de Physical Graffiti est l’une des créations graphiques les plus ingénieuses des années 1970.
Elle représente deux immeubles new-yorkais aux fenêtres découpées laissant apparaître des images interchangeables selon le disque inséré. Le verso montre les mêmes bâtiments de nuit. Un concept audacieux, parfaitement adapté au format double album.
Fait amusant : ces immeubles seront également utilisés par The Rolling Stones pour le clip de Waiting On A Friend, porté par Mick Jagger et Keith Richards.
Près d’un demi-siècle plus tard, cette pochette reste l’une des plus iconiques pour les collectionneurs de vinyles.
Des oies en colère contre Robert Plant
L’enregistrement de Black Country Woman se déroule en extérieur, dans le jardin de Stargroves, la propriété de Mick Jagger.
Mais l’expérience bucolique vire au chaos : lors d’une répétition à Headley Grange, Robert Plant est attaqué par une volée d’oies furieuses. Une anecdote qui illustre parfaitement le climat parfois chaotique – et presque mystique – qui entourait les sessions d’enregistrement du groupe.
Kashmir : un voyage qui n’a rien à voir avec le Cachemire
Kashmir est sans doute le sommet épique de l’album.
Initialement intitulée Driving To Kashmir, la chanson s’inspire d’un voyage de Robert Plant à travers les paysages désertiques du sud du Maroc en 1973 – et non du Cachemire indien.
La trame musicale naît d’une jam session entre Jimmy Page et John Bonham à Headley Grange. « Il n’y avait que Bonzo et moi », confiera Page. « Il a lancé ce rythme incroyable, et j’ai construit le riff dessus. »
Lorsque John Paul Jones revient, il ajoute la touche finale grâce à son Mellotron, offrant au morceau sa dimension orchestrale monumentale. Submergé par l’émotion face à la puissance instrumentale, Plant avouera avoir pleuré en cherchant les mots capables d’habiter une telle fresque sonore.
Un monument du rock
Avec Physical Graffiti, Led Zeppelin signe l’un des derniers joyaux de son histoire et impose une œuvre totale : blues, hard rock, folk, expérimentation, orchestrations grandioses… tout y est.
Plus qu’un simple album, c’est une déclaration d’indépendance artistique, un manifeste sonore où chaque membre du groupe atteint un sommet de créativité.
Presque cinquante ans après sa sortie, Physical Graffiti demeure une référence absolue du rock des années 1970, un double album qui continue d’inspirer musiciens et passionnés à travers le monde.
































