Redlands, un dimanche ordinaire de 1967
Le 12 février 1967, la maison de Keith Richards, située à Redlands, dans le West Sussex, accueille une petite réunion d’amis. Rien d’exceptionnel pour l’époque : discussions, musique, atmosphère détendue, typique de cette Angleterre en pleine mutation culturelle. Parmi les invités figurent Mick Jagger, mais aussi George Harrison et son épouse Pattie Boyd, preuve que les frontières entre les univers des Rolling Stones et des Beatles sont alors bien plus perméables que la légende ne le laissera croire.
1967 est une année charnière. La jeunesse britannique s’émancipe, le rock s’éloigne du simple divertissement et devient un langage, parfois un manifeste. C’est dans ce contexte que la soirée bascule.
Une descente de police très ciblée
En début de soirée, une quinzaine de policiers se présentent à Redlands, munis de mandats de perquisition. Leur objectif est clair : mettre la main sur des drogues.
Cette intervention n’est pas le fruit du hasard. Quelques jours plus tôt, le tabloïd News of the World a publié un article sensationnaliste intitulé “Pop Stars and Drugs: Facts That Will Shock You”, visant directement les Rolling Stones et appelant implicitement les autorités à agir.
Sous la pression médiatique et dans un climat moral encore très conservateur, la police décide de frapper fort, et surtout de frapper juste.
Des faits bien moins spectaculaires que le mythe
La perquisition s’éternise, la maison est fouillée de fond en comble. Pourtant, les découvertes sont loin des fantasmes véhiculés par la presse.
Mick Jagger est accusé de possession d’amphétamines, des substances qu’il aurait achetées légalement en Italie, tandis que Keith Richards est poursuivi pour avoir autorisé la consommation de cannabis dans sa propriété.
George Harrison, présent ce soir-là, est brièvement inquiété, mais aucune charge ne sera retenue contre lui.
Les faits sont modestes, mais l’image est désormais publique : les Stones sont officiellement associés à la déviance, à l’excès, à tout ce qui effraie l’Angleterre traditionnelle.
Un procès révélateur d’une époque
En juin 1967, le verdict tombe et surprend par sa sévérité. Mick Jagger est condamné à trois mois de prison, Keith Richards à un an. Ces peines apparaissent disproportionnées, presque exemplaires, comme si la justice cherchait moins à punir des individus qu’à adresser un message à toute une génération.
La réaction est immédiate. Le journal The Times publie un éditorial devenu historique, signé William Rees-Mogg, s’interrogeant : “Who breaks a butterfly upon a wheel?”. Une phrase qui résume parfaitement le malaise : faut-il écraser des artistes pour préserver l’ordre moral ?
Les condamnations seront finalement annulées en appel.
Le véritable héritage de Redlands
Avec le recul, la descente de Redlands dépasse largement le cadre d’une affaire judiciaire. Elle marque un tournant dans l’histoire du rock britannique. Les Rolling Stones ne sont plus seulement un groupe populaire ; ils deviennent le symbole d’une contre-culture en conflit ouvert avec les institutions.
Alors que les Beatles s’apprêtent à redéfinir la pop avec Sgt. Pepper, les Stones endossent, parfois malgré eux, le rôle des provocateurs, des figures à abattre. Une image qui collera durablement à leur légende.
Un 12 février gravé dans l’histoire du rock
Près de soixante ans plus tard, ce 12 février 1967 reste une date clé. Non pas pour ce qui a été saisi à Redlands, mais pour ce qu’elle révèle : le moment où le rock devient un enjeu culturel, politique et générationnel.
Une soirée privée, une descente de police, quelques mandats… et un groupe définitivement propulsé dans l’histoire.

































