Metallica : L'histoire de « One », la signification cachée de la chanson et un hommage à Cliff Burton

Metallica : L'histoire de « One », la signification cachée de la chanson et un hommage à Cliff Burton

En 1988, le groupe de James Hetfield et Lars Ulrich a tout fait pour aller de l'avant après la disparition de leur ami.

En 1986, la sortie de Master of Puppets a confirmé ce que les fans pressentaient déjà : Metallica n’était pas un simple groupe de thrash metal. Le quatuor californien osait frontalement aborder des thèmes lourds et socialement sensibles, comme la santé mentale ou le sort des anciens combattants, notamment à travers des titres comme « Sanitarium » ou « Disposable Heroes ».
Mais une chanson, plus que toute autre dans leur discographie, a poussé cette démarche dans ses retranchements, dissimulant une signification profonde, intime et douloureuse, nourrie par le deuil et la culpabilité. Cette chanson, c’est « One », sortie en 1988 sur l’album …And Justice for All.

Avec ses paroles sombres, presque insoutenables, racontant le calvaire d’un ancien combattant prisonnier de son propre corps, « One » propulse Metallica en tête des ventes pendant plus de neuf semaines consécutives. Pourtant, derrière son succès commercial et son riff devenu mythique, la chanson reste l’une des plus difficiles et incompréhensibles du groupe. Alors, que raconte réellement « One » ?

Un album né dans la douleur après la mort de Cliff Burton

Sorti deux ans après la mort tragique de Cliff Burton, bassiste emblématique de Metallica, décédé dans un accident de bus en Suède, l’album …And Justice for All est traversé par une atmosphère glaciale, sèche, presque clinique. Si « One » ne parle pas directement de Burton, elle en porte pourtant l’empreinte émotionnelle la plus forte.

Le groupe recrute alors Jason Newsted à la basse, mais l’intégration est douloureuse. Mal accueilli, souvent humilié, Newsted devient malgré lui le symbole d’un groupe brisée par le deuil, incapable de verbaliser sa peine. À peine âgés d’une vingtaine d’années, James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett et leur nouveau bassiste luttent déjà contre l’alcoolisme, l’isolement et une colère sourde.

C’est dans ce chaos que James Hetfield découvre une nouvelle manière d’écrire. Seul, dans le garage de Lars Ulrich, il couche ses pensées sur des feuilles volantes, laissant émerger une créativité brute, sombre, introspective. De cette période de tension et de souffrance naît « One », une chanson qui semble absorber toute la douleur du groupe.

« One » : le portrait insoutenable d’un soldat brisé

Le sens de « One » est aussi clair qu’il est bouleversant. La chanson décrit le cauchemar d’un vétéran tétraplégique ayant perdu ses membres, son visage et tous ses sens, à l’exception du toucher, après l’explosion d’une mine. Maintenu en vie par des machines, il est réduit à une conscience enfermée dans un corps mort, condamné à une existence qu’il n’a jamais choisie.

Le protagoniste se sent comme renvoyé dans le ventre de sa mère, incapable de communiquer, attendant une mort qui ne viendra jamais. Une vision terrifiante de la guerre, dépouillée de tout héroïsme, où le sacrifice devient une prison éternelle.

Johnny Got His Gun : l’influence décisive de Cliff Burton

L’origine de cette histoire remonte directement à Cliff Burton. Avant sa mort, comme le rapporte Loudersound, le bassiste avait conseillé à James Hetfield de lire le roman Johnny Got His Gun, écrit par Dalton Trumbo en 1939. À l’époque, Hetfield nourrissait déjà l’idée d’écrire une chanson sur un homme réduit à l’état de cerveau sans corps.

Le roman raconte l’histoire de Joe Bonham, un soldat américain mutilé pendant la Première Guerre mondiale, après avoir marché sur une mine. Comme le héros de « One », Bonham perd ses membres et ses sens. À l’hôpital, il ne peut plus communiquer qu’en bougeant la tête, tapant inlassablement en morse le message :
« Please… kill me ».

Cette œuvre marque profondément Hetfield. Plus qu’une simple inspiration, elle devient la clé émotionnelle de « One ». En adaptant ce récit en musique, Metallica transforme la chanson en un cri pacifiste, dénonçant l’absurdité de la guerre et la violence infligée à ceux qu’on appelle des héros.

Un hommage discret mais essentiel à Cliff Burton

Comme l’a expliqué Lars Ulrich dans une interview accordée à Loudersound, composer « One » était aussi une manière d’honorer la mémoire de Cliff Burton. Sans jamais le nommer, le groupe fait de lui le véritable protagoniste symbolique de la chanson : un esprit brillant, enfermé dans une réalité brutale, arraché trop tôt à la vie.

Avec « One », Metallica ne signe pas seulement l’un de ses morceaux les plus emblématiques. Le groupe grave dans le marbre une douleur intime, transformée en art, et rappelle que derrière les riffs tranchants et la fureur du metal se cachent parfois des cicatrices qui ne guérissent jamais.

Un hommage à Cliff Burton, une dénonciation de la guerre, et l’un des sommets émotionnels de l’histoire du metal.