Jimmy Page : « J'ai toujours laissé toutes mes erreurs sur les enregistrements de Led Zeppelin. »

Jimmy Page : « J'ai toujours laissé toutes mes erreurs sur les enregistrements de Led Zeppelin. »

Le légendaire guitariste anglais a évoqué ses sessions en studio avec Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham.

Le 31 mars 1969, Led Zeppelin entrait dans la légende avec la sortie de son premier album éponyme. Un disque fondateur, brut et incandescent, qui atteignit la sixième place des charts britanniques, où il resta solidement installé dans le Top 40 jusqu’en 1971. Trois mois plus tôt, l’album avait déjà frappé fort aux États-Unis, se hissant à la dixième place et annonçant l’arrivée d’un groupe prêt à redéfinir l’histoire du rock.

Enregistré aux studios Olympic de Londres entre octobre et novembre 1968, l’album est le fruit d’une session éclair de trente-six heures seulement, entièrement produite par Jimmy Page. Une rapidité d’exécution presque insolente, mais qui donna naissance à un disque révolutionnaire, électrifiant le blues, repoussant les limites de la guitare acoustique dans la musique folk, et posant les bases d’un son colossal, quasi surhumain, destiné à dominer la planète rock.

En neuf titres, Led Zeppelin forge une identité sonore immédiatement reconnaissable : massive, mystique, dangereuse. Et au cœur de cette déflagration sonore, trône la guitare de Jimmy Page.

Avant même Led Zeppelin, Jimmy Page possédait déjà une solide réputation de musicien de studio. Il avait travaillé avec l’ingénieur du son Glyn Johns, enchaîné les sessions pour les plus grands artistes britanniques, et développé une approche expérimentale de l’instrument. Armé d’une Gibson Les Paul Custom et d’une Fender Telecaster offerte par Jeff Beck, Page ne cherchait pas la perfection technique, mais l’émotion pure.

« Je pouvais tirer de la guitare des sonorités qu’on n’entend normalement pas », confiait-il.

Cette philosophie transparaît dès les premières notes de l’album. Les riffs sont massifs, parfois imprécis, mais toujours habités. Le son est vivant, organique, presque incontrôlable — exactement ce qui allait devenir la marque de fabrique de Led Zeppelin.

Pour les morceaux acoustiques comme Black Mountain Side et Babe I'm Gonna Leave You, Jimmy Page utilise une Gibson J-200. Une guitare mythique… qui ne lui appartenait même pas.

« Elle n'était pas à moi, on me l'a prêtée. Je n'ai jamais trouvé de guitare d'une telle qualité : un son profond, mais une grande facilité de jeu », expliquait-il.

Cette guitare apporte une profondeur et une tension dramatique inédites aux morceaux, renforçant le contraste entre passages délicats et explosions électriques. Un équilibre subtil qui contribue à la richesse intemporelle de l’album.

Mais l’anecdote la plus révélatrice de l’esprit de Jimmy Page concerne l’enregistrement de I Can't Quit You Baby, un standard du blues écrit par Willie Dixon et popularisé par Otis Rush en 1956. Led Zeppelin en livre une version fiévreuse, habitée… et imparfaite.

« Il y a beaucoup d'erreurs dans cette chanson, mais ça n'a aucune importance. J'ai toujours laissé les erreurs dans les enregistrements », déclarait Jimmy Page dans une interview des années 1970.

Pour Page, l’erreur n’est pas une faute, mais une preuve de sincérité. Une vision qu’il comparait à celle du film The Song Remains the Same :

« Ce n'était pas notre meilleur concert, mais il a été filmé. Au lieu de continuer à enregistrer des concerts avec le studio mobile, en attendant une soirée magique, on s'est dit : voilà, c'est notre concert avec toutes ses erreurs. À prendre ou à laisser. »

Cette déclaration résume parfaitement la philosophie de Led Zeppelin : capturer l’instant, l’énergie brute, même si tout n’est pas parfaitement exécuté. C’est précisément cette humanité, cette prise de risque permanente, qui a fait de Led Zeppelin I un disque immortel.

Plus de cinquante ans plus tard, ces « erreurs » font toujours vibrer les amplis du monde entier. Parce qu’au fond, le rock n’a jamais été une question de perfection — mais de vérité.