Courtney Love a raconté la véritable histoire de sa rencontre avec Kurt Cobain : « Nous étions destinés à devenir les boucs émissaires de la société. »

Courtney Love a raconté la véritable histoire de sa rencontre avec Kurt Cobain : « Nous étions destinés à devenir les boucs émissaires de la société. »

La voix de Hole ajoute : « Après mon mariage, tout le monde a commencé à me détester, au point que Yoko Ono passait pour une naïve comparée à moi. »

Dans le documentaire Antiheroine, réalisé par Edward Lovelace et James Hall et présenté au festival de Sundance, Courtney Love se livre comme rarement. Les réalisateurs promettaient un portrait « sincère et sans filtre » de la chanteuse de Hole, icône rock aussi adulée que conspuée : promesse tenue. Au fil des images, l’artiste revient sur sa vie rock’n’roll, sa carrière musicale, mais aussi sur l’histoire d’amour la plus scrutée – et la plus déformée – des années 90 : celle qui l’a unie à Kurt Cobain.

« Kurt était un beau garçon doté d’un humour bizarre et décalé », confie-t-elle. « Nous étions deux marginaux, rejetés par nos familles, destinés à devenir les boucs émissaires de la société. Nous nous sommes trouvés instantanément et ne nous sommes plus quittés. » Une phrase qui résume à elle seule la collision de deux âmes perdues, aimantées par la musique, la douleur et une même rage de vivre.

Une rencontre aux origines floues, devenue mythique

Comme toute légende rock, leur première rencontre reste entourée de versions contradictoires. Selon Michael Zerread, biographe de Nirvana, Courtney Love et Kurt Cobain se seraient croisés en 1989 au Satyricon, club culte de Portland. De son côté, le journaliste Charles Cross, auteur d’une biographie de Cobain, date l’événement au 12 février 1990. Courtney, elle, évoque un concert des Dharma Bums, tandis que Eric Erlandson, guitariste de Hole, affirme que le couple a été présenté à Kurt sur le parking du Hollywood Palladium, le 17 mai 1991.

Peu importe la version : leur rencontre appartient désormais à l’ADN du rock alternatif.

Un mariage iconique, entre romantisme et provocation

Le 24 mai 1992, Courtney Love et Kurt Cobain se marient sur la plage de Waikiki, à Hawaï. La scène est entrée dans l’histoire : Kurt porte un pyjama à carreaux bleus, Courtney une robe blanche ayant appartenu à Frances Farmer, actrice brisée par Hollywood, figure tragique et icône alternative de Seattle. Une référence lourde de sens, célébrée par Nirvana dans le titre Frances Farmer Will Have Her Revenge on Seattle.

À ce moment-là, Courtney vient de terminer la tournée de Pretty on the Inside, le premier album de Hole, produit par Kim Gordon et sorti le 17 septembre 1991, quelques jours seulement avant Nevermind, l’album qui propulsera Nirvana au sommet du monde.

La haine, la presse et le rôle de coupable idéale

« Épouser Kurt a provoqué une réaction à laquelle je ne m’attendais pas », explique Courtney Love. « J’avais un plan pour ma carrière avec Hole, mais il s’est immédiatement effondré. » Très vite, elle devient la méchante parfaite. « Tout le monde a commencé à me détester, au point que Yoko Ono passait pour une enfant de chœur à côté de moi. »

Le 18 août 1992, leur fille Frances Bean Cobain naît. À ce moment-là, Kurt et Courtney sont déjà le couple le plus célèbre de la scène alternative, symbole d’un rock américain en pleine révolution… mais aussi écrasés par la pression, l’exposition médiatique et les mensonges de la presse.

Le point de non-retour survient avec l’article de Vanity Fair de septembre 1992, signé par la journaliste à scandale Lynn Hirschberg. Le papier contient six accusations non vérifiées, dont l’affirmation selon laquelle Courtney Love aurait consommé de l’héroïne pendant sa grossesse – une accusation qui se révélera infondée. Les conséquences sont immédiates : Frances Bean est séparée de ses parents par les services sociaux pendant plusieurs semaines.

Une descente aux enfers irréversible

Un traumatisme que Courtney Love estime avoir plongé Kurt Cobain encore plus profondément dans ses démons. La spirale s’accélère, jusqu’au 8 avril 1994, date du suicide de Kurt Cobain, qui met fin à l’une des histoires les plus intenses et tragiques du rock.

« Notre mariage était une lune de miel qui a duré jusqu’au dernier jour », affirme aujourd’hui Courtney, sans pathos mais avec une lucidité douloureuse.

Résilience, musique et retour annoncé

À bientôt 62 ans (qu’elle fêtera en juillet), Courtney Love vit désormais à Londres. Après dix ans d’absence, elle a annoncé son retour à la musique avec un nouvel album, dont la date de sortie reste inconnue. L’écriture reste son refuge :
« Plus j’écris de chansons, plus je prends mes distances avec les choses négatives qui me sont arrivées. Une seule chanson peut tout changer : si je n’y crois pas, alors je ne crois plus en rien. »

Une déclaration qui sonne comme un manifeste. Celui d’une femme qui, malgré les drames, continue de croire que le rock peut encore sauver des vies — à commencer par la sienne.