L’un des biographes de Bob Dylan l’a décrite avec justesse comme « un exercice de splendide simplicité ». Et rarement formule aura été aussi vraie. Knockin' On Heaven's Door est bien plus qu’une chanson culte : c’est une vision, un instant suspendu, une œuvre surréaliste et onirique bâtie sur un riff de guitare acoustique minimaliste et deux couplets d’une force émotionnelle saisissante. Depuis 1973, elle transporte instantanément l’auditeur à Durango, au Mexique, sur le tournage du western crépusculaire Pat Garrett et Billy le Kid, réalisé par le légendaire Sam Peckinpah.
Une commande devenue légende
L’histoire raconte que c’est le scénariste Rudy Wurlitzer, ami proche de Dylan, qui lui propose de participer à la bande originale du film. Une première pour l’artiste, qui n’avait jamais composé pour le cinéma. Mais Dylan est immédiatement fasciné par la trajectoire tragique des deux personnages centraux : Billy the Kid, bandit mythique incarné par le chanteur country Kris Kristofferson, et Pat Garrett, chasseur de primes interprété par James Coburn. Deux anciens amis désormais ennemis, se traquant dans un Ouest sauvage dominé par la cupidité des propriétaires terriens du Nouveau-Mexique.
Inspiré, Dylan écrit un texte court, presque dépouillé : deux couplets, adoptant le point de vue d’un shérif mourant, abattu par des bandits. Ce rôle est tenu à l’écran par une figure emblématique du western, l’acteur et cow-boy Slim Pickens. Blessé, désabusé, il se tourne vers sa femme et lâche cette phrase devenue éternelle :
« Maman, enlève-moi mon insigne, je ne peux plus m’en servir. J’ai l’impression de frapper à la porte du paradis. »
Dylan sur le plateau de Peckinpah
À l’époque, Sam Peckinpah ne connaît pas personnellement Dylan. Il l’invite donc sur le plateau. Dylan lui interprète la chanson Billy, et la rencontre est décisive. À la fin de l’échange, le réalisateur lui propose même un rôle dans le film : celui du mystérieux cow-boy Atlas.
Totalement immergé, Bob Dylan s’imprègne de l’atmosphère du film, déménage avec sa famille à Durango en 1972, et organise une première session devenue mythique le 20 janvier 1973, aux studios CBS Disco de Mexico. Les images du film sont projetées pendant que Dylan et les musiciens jouent les morceaux en direct, avant de finaliser l’enregistrement de l’album à Burbank, en Californie.
Un casting de rêve
Autour de Dylan gravitent alors des musiciens exceptionnels :
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Roger McGuinn des Byrds,
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le batteur Jim Keltner,
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et Booker T. Jones de Booker T. & the MG's, qui racontera plus tard :
« Nous vivions près de Los Angeles. Un soir, il m’a appelé et m’a demandé si je voulais jouer de la basse sur une chanson qu’il enregistrait à Burbank. »
La chanson la plus reprise de Dylan
Ainsi naît l’une des chansons les plus emblématiques de Bob Dylan, et la plus reprise de toute sa carrière. En 1975, Eric Clapton en propose une version reggae, fortement inspirée de son travail avec Arthur Louis. En 1991, Guns N' Roses livre une interprétation monumentale qui atteint la deuxième place des charts britanniques et la première place dans de nombreux pays.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le morceau compte plus de 150 reprises officielles, signées par Neil Young, Patti Smith, Nick Cave, Paul Simon, Bono, Warren Zevon, Lana Del Rey ou encore Cat Power.
Un hymne universel
En 1996, fait rarissime, Bob Dylan autorise l’ajout d’un couplet par le musicien écossais Ted Christopher, pour une version enregistrée par les enfants du village de Dunblane, en hommage aux élèves d’une école primaire tués lors de la tragédie du 13 mai 1996. Produite par Mark Knopfler, cette version atteint la première place des charts britanniques.
Enfin, en 2017, à Shilong, en Inde, plus de 1 700 guitaristes se réunissent pour jouer Knockin' On Heaven's Door simultanément. La chanson la plus simple de Dylan entre alors officiellement dans le Livre Guinness des records.
Preuve ultime que derrière sa splendide simplicité, Knockin' On Heaven's Door est devenue un chant universel, traversant les époques, les frontières et les générations, comme une porte ouverte sur l’éternité.
































