Thom Yorke à propos de l'album « Nervermind » de Nirvana : « Les gens ont besoin d'un album comme celui-ci tous les deux ou trois ans. »

Thom Yorke à propos de l'album « Nervermind » de Nirvana : « Les gens ont besoin d'un album comme celui-ci tous les deux ou trois ans. »

Le leader de Radiohead s'est également exprimé sur l'acquisition de grands catalogues musicaux : « C'est une erreur si cela ne s'accompagne pas d'investissements tout aussi importants dans de nouveaux artistes. »

Lors de la dernière édition des Ivor Novello Awards, l’une des distinctions les plus prestigieuses consacrées à l’écriture musicale au Royaume-Uni depuis 1995, la soirée a réuni des figures majeures de la scène britannique et internationale. Parmi les lauréats, on retrouve Sam Fender, mais aussi Linda Perry, ancienne leader de 4 Non Blondes, actuellement en tournée en Angleterre. Elle prépare d’ailleurs un nouvel album attendu après 33 ans d’absence, baptisé 1994, un clin d’œil direct à l’époque qu’elle considère comme fondatrice.

La cérémonie a également rendu hommage à titre posthume à George Michael, saluant l’héritage d’une carrière qui a marqué plusieurs générations.

Mais c’est surtout Thom Yorke, frontman de Radiohead, qui a retenu l’attention avec un discours particulièrement critique envers l’industrie musicale actuelle.

Une attaque frontale contre l’industrie musicale

En recevant son prix, Thom Yorke n’a pas mâché ses mots. L’artiste a dénoncé un système qui, selon lui, fragilise les nouveaux talents au profit de la spéculation sur les catalogues d’artistes déjà établis.

Il a notamment déclaré :

« Ce monde mourra si vous continuez à dévaloriser la nouvelle génération d’artistes. Sans nous, vous n’êtes rien. »

Pour lui, le problème est structurel : les investissements se concentrent sur les œuvres du passé, au détriment de la création contemporaine.

“L’art ne peut pas survivre sans risque”

Dans une interview radio, Thom Yorke est allé plus loin, comparant la musique à d’autres formes d’art conservées et valorisées uniquement pour leur passé. Il critique un système qui préfère “muséifier” les œuvres plutôt que soutenir la création vivante.

« Les mêmes personnes qui spéculent sur des œuvres enfermées dans un musée ne réalisent pas que le modèle s’effondrera sans redistribution équitable », explique-t-il.

Pour le musicien, la solution est pourtant simple : il ne s’agit pas forcément de milliards, mais d’un soutien réel aux artistes émergents.

« Il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup d’argent pour croire en un artiste et l’accompagner au début de sa carrière. »

L’importance des erreurs dans la création

Thom Yorke insiste également sur un point souvent ignoré dans l’industrie actuelle : le droit à l’erreur. Selon lui, la pression immédiate du succès empêche les artistes de se construire.

« Aujourd’hui, aucun artiste émergent ne peut se permettre de faire des erreurs : une seule et c’est fini. »

Une logique qui, selon lui, appauvrit profondément la création musicale et limite les prises de risques artistiques.

Nevermind, l’étincelle qui a tout changé

Pour illustrer son propos, Thom Yorke revient sur un moment clé de l’histoire du rock : la sortie de Nevermind en 1991 par Nirvana.

Cet album, devenu un phénomène mondial, incarne pour lui ce que la musique devrait encore être aujourd’hui : imprévisible, brute et révolutionnaire.

« À sa sortie, je me suis dit : ça y est ! Les gens ont besoin d’un album comme ça tous les deux ou trois ans. »

Pour Yorke, Nevermind représente ce point de bascule où un disque peut encore bouleverser l’équilibre culturel mondial et redéfinir les attentes du public.

Radiohead et la scène live : une expérience humaine

Thom Yorke est également revenu sur la dernière tournée de Radiohead, marquée par une atmosphère particulière, presque intime malgré l’ampleur des salles.

« On avait l’impression de faire partie du public. Le premier concert à Madrid et celui de Berlin étaient extraordinaires. »

L’artiste reconnaît avoir vécu une tournée intense, presque inattendue pour lui-même :

« Je suis content de l’avoir faite, mais avant de commencer, je me demandais si j’en serais capable. »

Une vision lucide d’une industrie en mutation

Entre hommage au passé et critique du présent, Thom Yorke dresse un constat sans détour : la musique traverse une période de déséquilibre. Pour lui, sans un réinvestissement massif dans les nouveaux artistes et une prise de risque retrouvée, l’industrie court à sa perte.

Mais au milieu de cette critique sévère, son message reste profondément musical : c’est dans les disques imparfaits, audacieux et vivants que naissent encore les révolutions. Et Nevermind, plus de trente ans après sa sortie, continue d’en être l’exemple le plus éclatant.