The Cure, la belle signification de « Boys Don't Cry » et les faiblesses cachées de Robert Smith

The Cure, la belle signification de « Boys Don't Cry » et les faiblesses cachées de Robert Smith

Le chanteur anglais ajoute : « À l'époque, nous étions obligés de cacher nos sentiments, mais si vous ne vous montrez pas, vous devenez un chanteur ennuyeux. »

Sorti le 15 juin 1979, « Boys Don't Cry », deuxième single de The Cure, est bien plus qu’une simple chanson pop aux airs faussement légers. Derrière ses deux minutes trente accrocheuses se cache le récit d’un garçon qui a perdu tout espoir de reconquérir l’amour d’une fille, condamné à ravaler sa peine sous le poids d’une injonction sociale brutale : « les garçons ne pleurent pas ».

Écrite par Robert Smith, la chanson met en lumière une réalité intime et universelle : celle d’un jeune homme incapable de dissimuler ses émotions, malgré ce que la société attend de lui. « À l'époque, on nous obligeait à ne montrer aucune émotion ni faiblesse, mais en tant que jeune homme, je ne pouvais m'empêcher d'exprimer ce que je ressentais », expliquait-il. Et d’ajouter, sans détour : « Je n'y ai jamais trouvé de honte. Si on ne se montre pas, on devient un chanteur ennuyeux. »

Avec « Boys Don't Cry », The Cure signe sans le savoir une déclaration fondatrice d’un courant musical qui sera plus tard qualifié de « dark ». Une musique vécue comme une expérience partagée, presque cathartique, et surtout comme la validation d’une différence dans une Angleterre de la fin des années 1970 encore profondément rigide et codifiée. Le groupe y déconstruit le mythe de l’invulnérabilité masculine, se moque de la solidité supposée des hommes et ose transformer la fragilité émotionnelle en matière artistique.

Quarante ans plus tard, lorsque The Cure interprète « Boys Don't Cry » sur la Pyramid Stage de Glastonbury en 2019, Robert Smith est frappé par l’évidence : la chanson n’a rien perdu de sa force. « C'était incroyablement contemporain », confie-t-il dans une interview accordée à Rolling Stone, relayée par Ourculturemag. « La pression sociale pour se conformer à un modèle de vie n'a jamais changé. » Un constat glaçant, mais révélateur de l’intemporalité du morceau.

Car au-delà de son statut de tube pop, « Boys Don't Cry » pose les bases d’un esprit sombre, une manière de traduire en musique les sentiments négatifs nés de toute forme de répression : qu’elle soit émotionnelle, sociale ou liée au genre. Un impact culturel considérable, surtout pour une chanson aussi courte et faussement naïve.

Dès 1979, alors qu’ils n’en sont qu’à leurs débuts, The Cure affiche déjà une étonnante lucidité artistique. Robert Smith se décrira plus tard comme « discrètement arrogant » : « Je n'étais pas arrogant comme Morrissey, mais j'étais convaincu de ce que je faisais, malgré ma timidité. » Une assurance tranquille qui transparaît dans l’écriture du morceau.

Ce qui rend « Boys Don't Cry » toujours aussi pertinent aujourd’hui, c’est ce contraste saisissant entre des paroles profondes et une musique légère. « La pop n'a jamais été un gros mot pour The Cure », rappelait le bassiste Lol Tolhurst. Ce choix accentue l’ironie du propos et révèle le talent narratif de Robert Smith, capable de créer en quelques couplets une scène quasi cinématographique où chaque auditeur finit par se reconnaître.

Sans surprise, la première critique américaine de « Boys Don't Cry », publiée dans Rolling Stone US en 1980 à l’occasion de la sortie de « Three Imaginary Boys », résumait parfaitement cette évidence :
« Si Robert Smith décidait un jour de quitter le rock 'n' roll, il a une brillante carrière de scénariste devant lui. »