Coldplay : Après l'incident de la "Kiss Cam" la femme au coeur du scandale décide de prendre la parole, "j'ai pris l'essentiel des abus"

Coldplay : Après l'incident de la "Kiss Cam" la femme au coeur du scandale décide de prendre la parole, "j'ai pris l'essentiel des abus"

Une séquence qui a tourné sur les réseaux sociaux et qui a brisé la carrière de Kristin Cabot

On ne présente plus Coldplay. Groupe planétaire, machine à tubes, faiseur d’hymnes générationnels, la formation britannique emmenée par Chris Martin continue de remplir des stades partout dans le monde. Mais cette fois, ce n’est ni un nouveau morceau ni une performance spectaculaire qui a propulsé le groupe au centre de l’actualité. C’est une séquence aussi furtive qu’explosive, devenue virale en quelques heures : l’affaire désormais baptisée de la “Kiss Cam”.

La scène se déroule en plein concert, sous les projecteurs et devant des dizaines de milliers de spectateurs. La caméra balaie la foule quand elle s’arrête sur un couple assis côte à côte, main dans la main. Problème : l’homme est PDG, la femme directrice des ressources humaines de la même entreprise. Pris de panique en se découvrant à l’écran, le duo se sépare brusquement, tentant maladroitement d’échapper à l’objectif. Trop tard. Internet a déjà capturé l’instant.

Sur scène, Chris Martin, fidèle à son humour spontané, commente en direct :

« Oh, regardez ces deux-là ! Soit ils ont une liaison, soit ils sont juste très timides. »

Une phrase lancée sur le ton de la plaisanterie, mais qui va servir de détonateur. En quelques heures, la vidéo envahit les réseaux sociaux. Mèmes, théories, jugements moraux : la machine à buzz s’emballe. Et comme souvent, la tempête médiatique choisit ses cibles.

Aujourd’hui, Kristin Cabot, la femme filmée à son insu par la Kiss Cam, a décidé de briser le silence dans une interview accordée au The Times. Elle y raconte les coulisses d’une soirée qui a basculé en cauchemar.

« Nous étions assis au fond du stade, à l’opposé de la scène, dans le noir complet, nous sentant totalement anonymes dans une arène de 50 à 60 000 personnes », explique-t-elle. Une sensation de sécurité illusoire. Kristin confie avoir bu quelques cocktails, dansé avec Andy Byron, sans jamais imaginer que la caméra puisse s’attarder sur eux. « Je n’ai pas entendu l’annonce que la caméra arrivait, alors soudain je nous vois à l’écran », raconte-t-elle.

Son premier réflexe n’a même pas été la peur du scandale, mais une pensée pour son mari, Andrew, également présent dans le stade. Un détail essentiel, largement ignoré par la foule numérique : le couple était séparé à l’amiable depuis plusieurs semaines avant le concert.

Mais sur Internet, les nuances n’existent pas. En quelques heures, Kristin Cabot devient un symbole, un raccourci, un défouloir.
« Je suis devenue un mème, j’étais la directrice RH la plus vilipendée de l’histoire des RH », lâche-t-elle, amère.

Elle dénonce surtout un traitement profondément asymétrique.
« En tant que femme, comme les femmes le font toujours, j’ai pris l’essentiel des abus. »

Les qualificatifs pleuvent : “croqueuse d’hommes”, manipulatrice, carriériste sans scrupules. Certains vont jusqu’à l’accuser d’avoir “couché pour arriver au sommet”. Des accusations qu’elle balaie fermement.
« Cela ne pourrait pas être plus éloigné de la réalité », affirme-t-elle, évoquant des années de sacrifices, de travail acharné et un parcours professionnel jalonné de pressions et de harcèlement.

Là où l’homme impliqué disparaît progressivement de la conversation, Kristin, elle, reste clouée au pilori. Dans les semaines qui suivent l’incident, le harcèlement prend une ampleur glaçante. Des milliers d’e-mails, de SMS, des lettres envoyées directement à son domicile. Certains messages vont jusqu’à lui suggérer des moyens de mourir violemment.

Un déferlement de haine disproportionné, révélateur d’un mécanisme bien rodé : l’humiliation publique d’une femme, nourrie par le voyeurisme, la morale à géométrie variable et la violence décomplexée des réseaux sociaux.

Ironie cruelle : tout est parti d’un moment de légèreté, d’un concert censé célébrer la communion, la musique et l’émotion collective. Coldplay jouait ses hymnes fédérateurs pendant qu’en coulisses, une vie basculait.

Aujourd’hui, en prenant la parole, Kristin Cabot ne cherche ni à relancer la polémique ni à se justifier à l’infini. Elle pose simplement une question essentielle : à quel moment le divertissement se transforme-t-il en tribunal populaire ? Et surtout, pourquoi la sentence est-elle si souvent plus lourde pour les femmes ?

Une chose est sûre : cette “Kiss Cam” restera comme l’un des moments les plus gênants — et révélateurs — de l’histoire récente des concerts géants. Pas pour la musique. Mais pour ce qu’elle dit de nous.