L’émancipation radicale du duo Jagger-Richards
C'est sous le soleil de la Californie, dans les célèbres studios RCA de Hollywood, que le miracle se produit entre décembre 1965 et mars 1966. Pour la toute première fois de leur jeune carrière, Mick Jagger et Keith Richards accouchent d’un disque sans l'ombre d'une reprise de blues ou de R&B. Poussés par leur manager Andrew Loog Oldham, le tandem prouve enfin qu'il est une machine à tubes capable de rivaliser avec l'orfèvrerie des Beatles. Cet affranchissement total donne naissance à des textes plus sombres, parfois cyniques, mais terriblement ancrés dans l'effervescence du Swinging London. En s'appropriant ainsi leur propre répertoire, les Stones ne sont plus seulement des interprètes talentueux, ils deviennent des auteurs majeurs.
Le laboratoire sonore de Brian Jones
Si le duo de tête compose les morceaux, c’est Brian Jones qui leur donne leurs couleurs psychédéliques si particulières. Véritable touche-à-tout de génie, il délaisse sa guitare traditionnelle pour expérimenter des instruments exotiques qui vont marquer l'histoire. On lui doit la mélodie envoûtante du sitar sur le mythique "Paint It, Black", le son cristallin du dulcimer des Appalaches sur la ballade médiévale "Lady Jane", ou encore les percussions de marimba qui rythment l’implacable "Under My Thumb". Cette inventivité instrumentale transforme un simple disque de rock en une œuvre baroque et avant-gardiste, propulsant les Stones bien au-delà des racines du blues.
L'insolence des formats et l'explosion des charts
Les Stones ne se contentent pas de changer de son, ils brisent aussi les formats imposés par les radios de l'époque. Avec le titre "Goin' Home", ils livrent une jam session bluesy de plus de 11 minutes, une durée totalement impensable pour un morceau de pop en 1966. L’album connaît d'ailleurs deux versions : la britannique, riche de 14 titres, et l’américaine qui intègre le hit planétaire "Paint It, Black". Malgré les polémiques naissantes sur la noirceur de certains textes comme "Stupid Girl", l'album s'installe durablement au sommet des charts mondiaux. Ce disque reste la preuve que le groupe était prêt à toutes les audaces pour imposer sa propre vision artistique.
"Aftermath" demeure, soixante ans plus tard, la pierre angulaire qui a permis aux Rolling Stones de passer du statut de groupe de reprises à celui de plus grand groupe de rock du monde.
Aaron MAI




























