Dave Grohl : pourquoi le chanteur des Foo Fighters refuse-t-il de lire la musique ?

Dave Grohl : pourquoi le chanteur des Foo Fighters refuse-t-il de lire la musique ?
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Batteur de Nirvana, auteur, compositeur et frontman des Foo Fighters : Dave Grohl a tout joué, tout enregistré, ou presque. Et pourtant, il ne sait pas lire une partition. Il en a fait un principe.

C’est le genre de détail qui désarme. Un homme qui a signé l’un des albums les plus influents des années 90, rempli des stades du monde entier et enregistré seul, instrument après instrument, le premier disque des Foo Fighters, et qui ne saurait pas déchiffrer une portée. Dave Grohl l’a pourtant dit sans détour : il ne sait pas lire la musique, il ne savait déjà pas à l’époque de Nirvana, et il ne sait toujours pas aujourd’hui. 

Un apprentissage à l’oreille, disque après disque

Chez Grohl, pas de conservatoire ni de solfège. Son école, c’est la chambre d’ado, la platine et les albums qu’on rejoue en boucle jusqu’à comprendre ce qui se passe entre la caisse claire et la grosse caisse. Il a appris en copiant, en écoutant, en cherchant les gestes à force de répétition. Une méthode d’instinct, où l’on retient un morceau parce qu’on l’a dans les mains et dans la tête, pas parce qu’on l’a lu.

Cette approche a laissé des traces dans son jeu. Quand on le complimente sur son talent de batteur, Grohl balaie : il se décrit comme un batteur « de base » et dit avoir simplement voulu s’inscrire dans la lignée des batteurs qu’il admirait. Ces batteurs-là, ce ne sont pas forcément ceux qu’on imagine. Il a expliqué à Pharrell Williams que l’album « Nevermind » contient, sur chaque chanson, des gimmicks empruntés à des batteurs de funk et de disco, comme ceux du Gap Band, de Cameo ou de Chic. Autrement dit, la frappe la plus emblématique du grunge s’est construite à l’oreille, sur des disques de dancefloor. 

Pourquoi « refuser » ? Plutôt une question de liberté

À lire ses déclarations, on ne trouve pas vraiment de refus militant. Dave Grohl n’a jamais fait de la partition un ennemi. Il constate simplement qu’il n’en a jamais eu besoin, et il ne cherche pas à combler ce manque. C’est une posture qu’il assume sur d’autres terrains : à propos de la guitare, il a un jour reconnu ne pas avoir l’ambition de devenir un virtuose, préférant aller chercher de nouveaux endroits en lui d’où tirer de la musique. 

Ce qui l’intéresse, c’est l’émotion, l’énergie, le geste juste. La technique n’est pas un but, seulement un outil, et il a visiblement trouvé les siens ailleurs que sur le papier.

Une méthode qui a fait ses preuves

L’histoire lui donne raison. Pendant des années, Grohl est resté dans l’ombre de Kurt Cobain, l’un des plus grands auteurs de sa génération. Il a confié ne pas aimer sa voix à l’époque, ne pas se sentir songwriter, et ne pas vouloir bousculer l’équilibre d’un groupe dont le leader était si doué. Il gardait donc ses morceaux pour lui. 

Puis tout bascule en 1994. Après la mort de Kurt Cobain, Grohl se lance et enregistre le premier album des Foo Fighters. Sur ce disque de 1995, il joue de tous les instruments, à l’exception d’une seule ligne de guitare. Ni partition ni arrangeur : juste des idées, des instruments et une oreille. Trente ans plus tard, les Foo Fighters comptent parmi les plus grands groupes de rock de la planète. 

Le rock, avant tout une affaire d’instinct

Au fond, le cas Grohl rappelle ce que le rock a toujours su : on peut écrire un classique sans savoir le noter. Les musiciens qui ont changé l’histoire du genre n’ont pas tous appris dans les livres, et beaucoup ont préféré jouer d’abord, comprendre ensuite, voire ne jamais chercher à comprendre.

Alors, Dave Grohl refuse-t-il vraiment de lire la musique ? Pas tout à fait. Il a surtout choisi de continuer à l’entendre, et quand on voit le résultat, difficile de lui donner tort.