Deep Purple : l'histoire de l'incendie qui a donné naissance à "Smoke on the Water"

Deep Purple : l'histoire de l'incendie qui a donné naissance à "Smoke on the Water"
Claude Nobs et Jean-Paul Marquis ©1971 Alain Bettex


Le riff le plus célèbre du rock est né d'un incendie et d'une nuit passée à regarder Montreux brûler.


Deep Purple a marqué l'histoire du hard rock avec un riff que des générations entières de guitaristes ont appris avant même de savoir accorder correctement leur instrument. Mais derrière "Smoke on the Water" se cache une histoire bien plus incroyable qu'un simple morceau de studio.

Direction la Suisse, au bord du lac Léman, en plein hiver 1971.


Début décembre, Deep Purple débarque à Montreux. Le groupe, alors composé d'Ian Gillan, Ritchie Blackmore, Roger Glover, Jon Lord et Ian Paice, a un objectif précis : enregistrer son prochain album, Machine Head, au Casino de Montreux, à l'aide d'un studio mobile emprunté aux Rolling Stones. Il leur faut d'abord attendre la fin d'un autre événement programmé dans la salle : un concert de Frank Zappa & the Mothers of Invention, prévu le soir du 4 décembre 1971.


Ce soir-là, alors que le groupe américain termine son set devant environ deux mille personnes, un spectateur tire en l'air avec un pistolet lance-fusée. Le projectile atterrit dans le plafond, qui prend feu presque instantanément. Frank Zappa garde son sang-froid et invite calmement la foule à évacuer.

En quelques minutes, l'incendie ravage l'intégralité du bâtiment, emportant avec lui tout le matériel des Mothers of Invention. Par chance, aucun blessé n'est à déplorer.


Depuis leur hôtel voisin, les musiciens de Deep Purple, présents dans le public ce soir-là, regardent la scène se dérouler. Roger Glover et Ian Gillan voient l'épaisse fumée noire s'échapper des ruines du Casino et venir recouvrir la surface du lac Léman, juste en contrebas.

Un spectacle que le bassiste décrira des années plus tard comme quelque chose qui "a brûlé tout l'après-midi, tout le soir, toute la nuit".


C'est le lendemain matin, en découvrant l'ampleur des dégâts, que Roger Glover trouve les mots "smoke on the water". Le groupe a besoin d'un morceau supplémentaire pour l'album : pourquoi ne pas raconter, tout simplement, ce qui vient de leur arriver ?


Reste un problème de taille : le studio d'enregistrement est parti en fumée avec le reste du bâtiment. Grâce à Claude Nobs, fondateur du Montreux Jazz Festival, le groupe trouve refuge un temps au Pavillon, une salle du centre-ville, avant de s'installer définitivement au Grand Hôtel de Territet, fermé pour l'hiver. C'est là que Machine Head est bouclé en deux semaines, et qu'un morceau provisoirement titré Title #1 devient « Smoke on the Water ».


Sorti en 1972, le titre ne rencontre d'abord qu'un succès discret : le groupe le considérait même comme un simple morceau de remplissage, un peu « mou », loin d'imaginer son destin. Il faudra sa sortie en single, l'année suivante, pour qu'il explose et devienne l'un des morceaux les plus joués de l'histoire du rock, porté par un riff que Ritchie Blackmore a construit en quelques notes à peine, avec Ian Paice à la batterie.


Un demi-siècle plus tard, le riff résonne toujours à Montreux, où une plaque rappelle l'histoire aux visiteurs du Grand Hôtel.

Ce soir-là, personne ne pouvait imaginer que cet incendie allait inspirer l’un des morceaux les plus célèbres de l’histoire du rock.