Rusty Cage : comment un trajet en bus a inspiré Chris Cornell et séduit Johnny Cash

Rusty Cage : comment un trajet en bus a inspiré Chris Cornell et séduit Johnny Cash

Le 3 mars 1992, les Soundgarden publiaient Rusty Cage, troisième single tiré de l'album Badmotorfinger. Derrière ce titre puissant se cache une histoire inattendue : un voyage en bus à travers la campagne européenne, une vision du son des Black Sabbath et une reprise légendaire par Johnny Cash.

Tout commence sur une route d'Europe, quelque part pendant une tournée des Soundgarden au début des années 1990. Chris Cornell est installé dans le bus de tournée. Il regarde défiler la campagne par la vitre et ressent, selon ses propres mots, une sorte d'oppression. Aucun mot n'est encore écrit. Mais quelque chose se forme.

Une chanson née sur la route

De retour à Seattle, Cornell saisit une guitare et cherche à retrouver l'état d'esprit de ce voyage. Il raconte, dans une interview accordée au magazine Spin : « J'ai un souvenir très vif de ce que je regardais par le finestrino, je voyais la campagne et je me sentais un peu oppressé. Je n'ai jamais écrit aucun des mots du texte durant ce voyage, mais d'une certaine façon je m'en suis souvenu. »

L'objectif est alors de créer quelque chose de nouveau, à mi-chemin entre l'univers de Black Sabbath et l'atmosphère sombre de Tom Waits. Cornell confie : « Je voulais créer une sorte de croisement avec la musique des Black Sabbath que je n'avais jamais essayé de faire avant. J'ai pensé que ce serait beau et possible. Puis je me suis dit : Si quelqu'un peut le faire, ce sont bien les Soundgarden. »

Rusty Cage paraît le 3 mars 1992 en tant que troisième extrait de l'album Badmotorfinger, sorti le 8 octobre 1991. Le titre s'impose rapidement comme l'un des moments forts de la discographie du groupe.

Johnny Cash s'empare du titre

Quatre ans plus tard, en 1996, une version radicalement réarrangée du morceau apparaît sur Unchained, album de Johnny Cash produit par Rick Rubin. Ce disque remporte un Grammy Award dans la catégorie meilleur album country.

Comment le Man in Black en est-il venu à choisir ce titre ? Le bassiste des Soundgarden, Ben Shepherd, offre une explication directe : « Probablement parce qu'il contient des mots vrais et sincères. Chris est un grand auteur et Johnny pouvait sans doute s'y identifier. Johnny a toujours soutenu, si on lit ses livres, à quoi doit ressembler un chanteur qui dit la vérité. Tout est une question de vérité. Si tu le ressens vraiment, si tu le penses vraiment, alors ça sonne juste. Si tu ne le ressens pas, c'est faux et les gens s'en aperçoivent à un kilomètre. »

L'aventure American Recordings

Cette reprise s'inscrit dans un projet plus vaste, la série des American Recordings. Rick Rubin, après avoir quitté le rap et son label Def Jam, fonde l'étichetta American Recordings et propose à Johnny Cash d'enregistrer des reprises de chansons écrites par d'autres artistes. Le producteur raconte leur première rencontre : « Nous avons parlé, mais nous aurions aussi pu rester silencieux et nous nous serions compris tout de même. »

American Recordings sort en 1994, suivi d'Unchained en 1996, de Solitary Man en 2000 et enfin d'American IV : The Man Comes Around en 2002. Cette série de disques permet à Cash de toucher de nouvelles générations d'auditeurs, en interprétant des titres aussi différents que Desperado des Eagles, I Won't Back Down de Tom Petty ou Personal Jesus des Depeche Mode.

Rusty Cage reste aujourd'hui l'un des exemples les plus frappants de la façon dont une chanson peut traverser les genres et les générations, portée d'abord par la voix de Cornell, puis transfigurée par celle de Cash.