Le 1er septembre, le rituel est immuable. Les réseaux sociaux se remplissent de mèmes qui détournent le clip de « Wake Me Up When September Ends », histoire de dire qu'on préférerait dormir jusqu'à la fin de l'été. Le clin d'œil est devenu un classique de la rentrée. Il a pourtant très peu à voir avec ce que Green Day a voulu raconter.
Cette chanson, Billie Joe Armstrong l'a écrite pour son père. Andrew Armstrong est mort d'un cancer de l'œsophage un 1er septembre, en 1982. Billie Joe avait dix ans. Le titre vient d'une phrase qu'il a réellement prononcée ce jour-là, quand il a dit à sa mère de le réveiller lorsque tout serait terminé. C'est ce que le chanteur a expliqué en 2019 au micro du Howard Stern Show.
Ce deuil ne l'a jamais quitté. Il confiait alors que septembre revenait chaque année avec son anniversaire douloureux, et qu'une perte aussi précoce donne l'impression de repartir de zéro. Pendant longtemps, il n'a pas réussi à écrire une seule ligne sur son père. Le texte est arrivé bien plus tard, presque d'un coup, et il raconte l'avoir vécu comme une façon de faire enfin son deuil, en même temps qu'un hommage.
Le morceau figure sur American Idiot (2004) et sort en single l'année suivante. Ses paroles parlent de la fin de l'enfance : quand un parent disparaît, on grandit plus vite que prévu. Le clip, réalisé par Samuel Bayer avec Jamie Bell et Evan Rachel Wood, met en scène un jeune couple séparé par la guerre. Il reprend cette idée de bascule brutale vers l'âge adulte, sans jamais évoquer directement l'histoire personnelle du chanteur.
Les vrais fans le savent et le rappellent régulièrement en commentaire. Billie Joe lui-même a pourtant déjà détourné le titre, mais pour une tout autre raison. Le 1er septembre 2020, à quelques semaines de la présidentielle américaine, il a publié un message sur Instagram qui reprenait la formule. Il y appelait ses compatriotes à ne surtout pas dormir jusqu'à la fin du mois, mais à s'inscrire sur les listes électorales et à aller voter le 3 novembre.
Le titre peut donc servir une cause, à condition de ne pas oublier d'où il vient. La prochaine fois que la vidéo tourne en boucle sur votre fil, souvenez-vous qu'elle raconte un enfant de dix ans qui vient de perdre son père.




























